20 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 13 : l'Iran
Les Iraniens jeûnent dans l’affliction
· La commémoration du martyr Ali, un rite du deuil
· Les imams font des diatribes sur Bush, le nucléaire…
Ramadan en Iran est marqué par la commémoration de l’anniversaire du martyr, l’Imam Ali. Chaque année, des millions de chiites iraniens (environ 90% de la population) revivent ce rite dans le deuil et la grande affliction.
L’Imam Ali Ibn Abi Talib, rappelons-le, est le gendre du Prophète. C’est le quatrième calife orthodoxe qui a été poignardé par les Kharijistes. Depuis, les chiites ne s’en sont jamais remis.
Durant trois nuits du mois sacré (du 19 au 21), ils commémorent donc le martyr. Ils plongent dans une ferveur intense, font des prières à partir de 23 heures et invoquent Dieu dans les Hosseynieh (lieux de culte) et mosquées.
Les plus radicaux se lacèrent parfois le visage et pleurent l’Imam. Chez les sunnites, l’Imam est celui qui dirige la prière du vendredi. Mais pour les chiites d’Iran, Imam veut dire guide. C’est le titre du chef légitime de la communauté musulmane tant sur le plan politique que religieux. Titre qui était à l’origine porté par Ali, ses deux fils et leurs 9 successeurs: les douze imams du chiisme.
Les chiites iraniens accueillent donc Ramadan autrement. Dès la mi-Chaâbane, ils commencent à jeûner, rangent, nettoient et décorent leurs foyers, mosquées et Hosseynieh… Ils prient et invoquent Dieu pour le retour de l’Imam Mahdi, le 12e imam du chiisme. Les Iraniens croient dur comme fer que les 11 Imams du chiisme sont des martyrs sauf le dernier (Al Mahdi). Des siècles après, «il est toujours vivant et va réapparaître en Iran», confie un Iranien.
A Téhéran, les horaires de travail subissent un léger changement pendant le mois sacré. Dans les administrations et les entreprises, la journée de travail commence à 8 heures et demie se termine à 15 heures et demie contre 16 heures 30 durant le reste de l’année.
Selon un Iranien, l’Iran a beaucoup changé. Certes, les images de la Révolution islamique sont ternes, la mine sévère des ayatollahs et des femmes vêtues de la tête aux pieds de tchadors ont marqué les mémoires. Mais la société a changé entre-temps.
La République offre un visage plus apaisé et le pays s’est engagé dans la voie du changement. Il en veut pour preuve: «les religions qui se côtoient et vivent dans le respect de leur croyance et leurs différences durant le mois sacré». Juifs, chrétiens, zoroastriens, sunnites, chiites… se côtoient à Téhéran, Asphahan, Yaza.
Mieux encore, sunnites et chiites partagent des fois le même f’tour dans un esprit convivial. Ni le repli communautaire, linguistique ou encore sectaire ne pèse comme avant.
Autre témoignage du changement, les autorités religieuses iraniennes ont utilisé, pour la première fois cette année, un avion pour observer l’apparition du croissant de lune.
Pendant Ramadan, les habitudes ne connaissent pas de grands changements. Les Téhéranais préfèrent flâner le jour en ville. L’habitude est de déambuler dans le gigantesque bazar de la capitale, de visiter la mosquée de l’imam Khomeyni et les nombreux parcs et jardins… principaux attraits de la ville. Le Palais national, dernière demeure du Shah, abrite maintenant un complexe de musées. Le musée Reza Abbasis est très sollicité, car il renferme des œuvres de l’art islamique: peintures, poteries, orfèvrerie… Téhéran abrite aussi le musée national iranien où est exposée une superbe collection de porcelaines, de figurines de pierre et de sculptures léguées par des millénaires d’occupation de la Perse.
Au coucher du soleil et contrairement aux sunnites, les Iraniens chiites préfèrent attendre environ 10 minutes après le muezzin, avant de rompre le jeûne: «Le temps de voir la première étoile au ciel et les prémices de la nuit».
A la rupture du jeûne, les Iraniens se mettent sur un tapis et partagent leur repas autour d’une nappe en plastique. Ils commencent par l’eau chaude, sucreries et rafraîchissements.
Tout aussi incontournables, les gâteaux notamment la zolbia (l’équivalent de la chebbakia), bamia et rotab. Les jus de raisin, d’orange et de pomme sont plus consommés au f’tour.
Ensuite, place à la soupe. L’Iran compte plusieurs variétés de soupes (légumes, vermicelle, concentré de tomate…).
Après le f’tour et la prière, place au dîner. Le riz est la base de toute nourriture iranienne. La variété la plus connue est Basmati. Elle est généralement cuite avec du poulet, poisson ou viande. Les plats de résistance les plus connus sont Joujé (coquelet mariné dans le jus de citron, le safran et l’huile d’olive) ou Chélo (veau ou agneau) kebab. Le plat national numéro1 est le «tchelo-kabab» (du riz accompagné de viandes rôties découpées en lamelles, des oignons frits, du safran, du poivre. La boisson qui accompagne le «tchelo-kabab» peut être tout simplement du «dough», une sorte de petit-lait très dilué.
Le pain iranien est une sorte de grande crêpe cuite. Appelé le nan, il est fait à base de blé dur. Cuit sans levain, le pain se présente sous forme d’une bande très longue ou une galette ronde.
Le dessert (Fereni) est généralement un yaourt, du lait caillé ou des fruits. Les Iraniens sont friands de fruits. On en sert à tous les repas. Le thé (tchaï) est non moins important. C’est l’une des boissons les plus consommées.
La cuisine iranienne traditionnelle offre une grande variété de cuisson et de sauces parfumées aux herbes, au jus de grenade, au citron vert séché, cannelle, menthe fraîche, estragon, safran... Ce n’est pas seulement le goût mais aussi l’odorat qui est comblé de parfums subtils et d’arômes. Différentes variétés de Kebab sont préparés durant le Ramadan.
Dans la République islamique, les jeunes filles commencent à jeûner et à prier dès l’âge de 9-10 ans. Quant aux garçons, ils n’observent le jeûne que 4-5 ans plus tard, à l’âge de la puberté.
Contrairement aux sunnites, les chiites iraniens ne font pas les Taraouihs. Ils se contentent des 5 prières de la journée. Le soir, les rues sont plus animées. La musique spirituelle (appelée aussi Sunnati ou Assil) est particulièrement appréciée durant le mois sacré. Les accros du 7e art trouvent aussi leur compte dans le centre de Téhéran. Les salles affichent des mélodrames sociaux et des films d’auteur iraniens. Le cinéma iranien compte des réalisateurs de renom. A leur tête Abbas Kairostami, Panahi, Mohsen Makhmalbaf…
A priori, les cinéastes iraniens sont muselés par la surveillance et la censure stricte du régime islamique, mais ils parviennent à réaliser des chefs-d’œuvre et à s’imposer sur la scène internationale.
Le cinéma iranien des grands auteurs qui ont réussi à sortir du périmètre national impressionne les critiques par son habileté à jongler avec ces interdits.
A Téhéran, les films hollywoodiens, clips, DVD et CD font un malheur auprès de la jeunesse de la capitale. Officiellement jugés dépravantes et donc interdites, des copiees piratées se vendent sous le manteau comme des petits pains. C’est une fenêtre sur le monde, un visa pour les yeux et l’imaginaire.
Mais du 19 au 21 Ramadan… c’est la trêve: Pas de musique, pas d’animation ni manifestations de joie. C’est la commémoration du martyr Ali.
La nuit sacrée est très attendue. Les Iraniens chiites sont presque tous unanimes que la nuit sacrée n’est probable que les 19, 21, 23 ou 27 e jour du mois. Autrement dit, les soirées de ces journées correspondent à des veillées de 23 heures jusqu’à l’aube dans tous les lieux de culte. Prières, exégèses, hadiths… mais aussi sujets politiques sont à l’ordre du jour.
[...]
Amin Rboub
Source: L'Economiste
17 septembre 2009
Nuit du 27ème jour - Nuit du destin
La nuit du destin, celle du 27ème jour, donne lieu à de nombreuses réjouissances et traditions: chez nous, le menu est invariablement le couscous en l'honneur de nos disparus. Il est dit aussi que cette nuit-là, une prière en vaut mille et que tous nos voeux peuvent être éxaucés... Je vous propose de découvrir des chants religieux traditionnels de Tunisie appelés hadhra : pour moi, c'est toujours un enchantement et un retour en enfance :)
"Cette nuit est-il écrit dans le Saint Coran est la meilleure de toutes les nuits et donne lieu dans toute la communauté musulmane à travers le monde à un regain de ferveur et de piété et à de nombreuses réjouissances. Au, Maghreb, traditionnellement, Leïlat El Qadr est l’occasion de procéder à la circoncision des jeunes enfants dans l’atmosphère pieuse qui caractérise ce jour béni parmi les autres. Cette nuit-là également, les fidèles se rendent à la mosquée et veillent jusqu’à l’aube pour la récitation de versets du Coran et de passages du hadith. A cette occasion également, des concours de récitation du Coran sont organisés à travers de nombreux pays musulmans et les meilleurs récitants sont récompensés à l’occasion de cérémonies officielles. Leïlat El Qadr est aussi l’occasion pour le croyant de ressourcer sa foi et la source divine et de la concrétiser par des actions de charité et de solidarité et le respect de son prochain."
15 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 13 : l'Indonésie
Indonésie: Le diktat des gardiens de la morale
· Restaurants, pubs, karaoké, salles de massage… dans le collimateur des radicaux
· Ferveur intense au plus grand pays musulman
Djakarta, Sumatra, Surabaya, Java… L’Indonésie, le plus grand archipel au monde, observe le jeûne en veillant à «rétablir l’ordre moral».
Le premier vendredi du mois sacré, des manifestants s’en sont pris à un lieu fréquenté le soir par les étrangers, brisant ses portes et ses fenêtres. Le mois sacré en particulier, les musulmans s’érigent en gardiens de la morale et n’hésitent pas à fermer manu militari tous les lieux jugés «irrespectueux ou dépravants».
De par sa population, Nusnusantara (c’est ainsi que l’on appelait cette ancienne colonie néerlandaise) reste de loin le plus grand pays musulman au monde. Sur 220 millions d’habitants, 90% de la population est musulmane. Les Indonésiens pratiquent, dans leur immense majorité, un islam modéré. Mais ces dernières années, le constat est que la société indonésienne se nourrit du radicalisme de courants islamistes.
Le nombre de femmes voilées augmente et les prêches deviennent plus virulents et fédérateurs.
C’est d’ailleurs le cas durant ce mois sacré à Djakarta, période pendant laquelle la tension monte d’un cran. Le message est on ne peut plus clair: les manifestants exigent que les bars, pubs et restaurants cessent de servir de l’alcool durant le mois sacré.
Ce phénomène ne date pas d’hier. Des mouvements islamistes ont pris l’habitude de s’attaquer aux lieux publics où l’on sert de l’alcool, notamment les bars et les boîtes de nuit. Ils mènent également des raids contre les salons de massage, les salles de jeux et de karaoké.
Afin d’éviter que des actes de vandalisme ne se multiplient d’ici la fin du Ramadan, le gouvernement indonésien a décidé d’appliquer une loi prévoyant la fermeture des cibles potentielles de radicaux.
Du coup, une opération d’assainissement coup de poing est organisée dans la capitale et les principales villes de l’archipel.
La police est formelle. Elle s’en prend à la consommation de drogues, aux salles de jeux, pubs et à la prostitution.
Par ailleurs, les salles de karaoké et de concerts seront soumises à des contrôles et des restrictions d’horaires.
La capitale de l’Indonésie est réputée, rappelons-le, par son tourisme.
Le Ramadan est la période de l’année qui met en lumière l’islam indonésien, traversé principalement par deux courants contradictoires: les modérés et les extrémistes.[...]
Quant aux autorités, elles cherchent plutôt à établir un équilibre: le bon dosage entre deux courants diamétralement opposés.
C’est dans ce puzzle religieux et sociétal que se déroule le mois sacré en Indonésie.
La grande mosquée Al Istiqlal de Jakarta, construite du temps de Soekarno, réunit toutes les tendances durant le mois sacré.
Pour les besoins de la prière, les femmes arborent des moukina (cape blanche, l’équivalent de la abaya en Arabie saoudite). Quant aux hommes, ils portent le koko (appelé aussi kamisse), une tunique blanche mais avec le «Sarung», une jupe au-dessous comme les Yéménites de Hadramaoute.
Le soir, les rues sont désertes dans la capitale de Jakarta où les mosquées accueillent toute la nuit des milliers de fidèles venus prier et écouter les imams. Les fidèles indonésiens sont de plus en plus nombreux à prier et à rompre le jeûne dans les mosquées. Les imams répartissent, à tour de rôle, des tâches aux riverains pour qu’ils préparent les plats du f’tour.
A l’intérieur des mosquées, la ferveur atteint son paroxysme. Des millions de musulmans plongent dans le recueillement, prient chaque jour et lisent le Coran sans pour autant en comprendre le contenu, confie une source. «La majorité des Indonésiens, les plus âgés surtout, ne comprennent pas les sourates du Livre saint. Elles se contentent d’apprendre à force de prier et d’écouter les imams», poursuit la même source qui précise qu’il y a plus de 200 langues parlées en Indonésie et quelque 300 ethnies.
Le jour à Jakarta, les marchés sont bondés. Encens, épices, tapis pour la prière, calottes, tuniques, tissu, chapelets, moukina, CD du coran… toute une industrie cultuelle se fraie donc une place dans les souks des principales villes. L’engouement pour ces accessoires s’accentue durant le mois sacré.
Lors de «Berbeka», appellation qui signifie rupture du jeûne à Djakarta, saveurs et arômes sont au menu. «Nous rompons le jeûne avec des dattes dans l’esprit de la sira du Prophète», souligne un Indonésien installé à Rabat. Après, ajoute-t-il, place au Koulak. Une soupe sucrée à base de morceaux de banane et autres fruits tropicaux. Le temps de la prière d’Al Maghrib, place au plat de résistance. D’habitude, c’est le Nasi. Un mets à base de riz et de viande.
La cuisine indonésienne est très épicée. Généralement, les Indonésiens consomment le poisson, le riz à la vapeur et les légumes aux épices exotiques beaucoup plus que la viande. Les rafraîchissements ne sont pas en reste: jus et yaourts de même que le café corsé et les différentes variétés de thé noir, vert, au jasmin, sans sucre...
Pour s’accommoder aux habitudes et à l’esprit du mois sacré, de nombreux cafés à Jakarta servent le f’tour. C’est une nouvelle tendance qui s’installe dans les cafés. Les tenanciers de ces commerces réaménagent également leurs locaux en mettant à la disposition des fidèles de petites salles, des mini-mosquées aménagées pour la prière du soir, les Taraouihs.
Amin Rboub
Source: L'Economiste
14 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 12 : l'Algérie
Restos du cœur»: Un élan de solidarité en Algérie
· Couffin de Ramadan, Colis du cœur, restos de «Rahma»… L’entraide gagne du terrain
· Plus de 115.000 couffins distribués depuis le début du mois
· Zlabia, Chorba frik, Bourek: Le f’tour à Alger, Oran, Constantine
L’ambiance ramadanesque à Oran s’apparente à celle de Casablanca et de Rabat. Pour une Algéroise basée à Casablanca, Ramadan en Algérie a beaucoup de similitudes avec le Maroc (ambiance dans les rues, mosquées, animation, TV...). En même temps, et au même titre que le parler, les habitudes pendant le mois sacré diffèrent, selon que l’on est dans l’Algérois (Triangle Alger, Cherchell, Blida) ou dans l’Oranais (Oran-Sidi Belâabès).
Le changement est d’abord dans les habitudes culinaires.
Cette année, le mois sacré s’annonce difficile pour une grande partie de la population algérienne, car il coïncide avec la rentrée scolaire. En sus des frais de scolarité et autres fournitures, les ménages à revenu limité se plaignent de la flambée des prix des produits de grande consommation (surtout les fruits et légumes). A Tlemcen par exemple, près de 30.000 familles nécessiteuses ont été recensées cette année pour recevoir des aides.
Depuis le début du mois, des provisions sont distribuées aux démunis. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de l’opération «Colis du cœur».
Autre initiative de solidarité, le Couffin de Ramadan. Cette opération de distribution de denrées alimentaires a commencé dans la plupart des régions. Contrairement aux années précédentes, le Couffin de ramadan a été exclusivement distribué à domicile, cette année. Ce que n’apprécient pas de nombreux ménages, eu égard à la gêne que cela occasionne dans les quartiers.
Jusque là, quelque 115.653 couffins de Ramadan ont été distribués, depuis le début de l’opération de solidarité.
Rien que dans la wilaya d’Alger, 47.480 couffins ont été livrés depuis la première semaine de Ramadan à quelque 63.335 familles.
Dans un certain nombre de communes, certains ménages démunis ont reçu une aide pour pouvoir s’approvisionner durant ce mois.
La paupérisation de larges couches de la société est plus apparente pendant le Ramadan que durant le reste de l’année.
A la rupture du jeûne, de longues files se forment devant les restaurants «Rahma» (ndlr: la Clémence) l’équivalent des «Restos du cœur» français. Certains établissements distribuent entre 400 et 500 repas par jour.
Les bénéficiaires ne sont pas seulement des SDF, mais également des chômeurs, parfois des familles entières.
Dans le quartier populeux de Belcourt, commune de Sidi M’Hamed, l’on n’arrive pas à faire face à la demande. Plus de 1.000 paniers-repas y sont distribués quotidiennement.
C’est dire qu’un esprit d’entraide, de charité et de compassion s’installe durant le mois sacré.
Dans les rues d’Alger, les marchés sont plus animés et plus fournis en fruits et légumes que d’habitude. Les commerçants transforment souvent leurs magasins en boulangeries proposant dattes et Zlabia, gâteau sucré fait de farine. Les autres produits très populaires vendus par ces boulangeries temporaires sont le Maqrout, le Kalb Ellouz (des cerneaux d’amandes), et toutes sortes de pains, de biscuits et petites brioches.
Le trafic devient plus dense l’après-midi dans le centre-ville d’Alger. Les accrochages, disputes et joutes verbales, sur fond de klaxons interminables, font partie du décor. Les partisans de la sérénité trouvent plutôt leur compte dans les mosquées.
A quelques minutes du coucher du soleil, les rues se vident et les automobilistes s’activent. Ils appuient sur le champignon pour rentrer le plus vite possible chez eux. Dans l’arrière-pays comme à Alger, «il est inadmissible de ne pas rompre le jeûne chez soi».
La table du f’tour est bien garnie. La cuisine et la pâtisserie sont raffinées et réputées dans l’Algérois, surtout à Blida. Le f’tour commence par les dattes et le lait. Suit la Chorba Frik, une soupe à base de concentré de tomate et de pois-chiche. Le tout mélangé au frik, blé vert concassé. C’est très répandu à Alger et à Oran (l’équivalent de la harira marocaine). Autre soupe typiquement algéroise la Chorba Mkadfa, un potage mélangé aux pâtes.
A Constantine, la soupe est plutôt légère. Elle est à base de tomate, de courgettes, pomme de terre et morceaux de viande. La tradition à Alger et Blida pendant le Ramadan est de consommer en même temps la Chorba et Bourek, l’équivalent des briouates au Maroc, farci de viande hachée.
Après la soupe, place au plat de résistance. Dans les principales villes, il existe une préférence pour la Maâkouda pendant le mois sacré. Un remontant à base d’oignons, de persil et œufs frits et très peu de farine. Il en est de même pour la Taktouka ou «Sfiria». Un mets de poulet ou de viande ou les deux ensemble avec des beignets à base du pain de mie ou des biscottes et fromage râpé.
Après le dîner vient «Lham Lahlou». Un plat sucré à base d’abricots secs, de pruneaux, de morceaux de pomme cuits avec de la cannelle et eau de fleur d’oranger. Le dessert est généralement composé de fruits et de Mhalbi. C’est du riz en poudre, une sorte de flan servi dans des coupelles avec amandes et pistache dessus. Ce dessert est aussi servi lors du Shour.
Entre-temps, c’est le café et le thé qui sont servis à volonté tout au long des soirées ramadanesques. Les Algérois sont de grands consommateurs de café, alors que les Oranais raffolent du thé vert à la menthe. Les sucreries et gâteaux ne sont pas en reste. Zlabia (friandise faite de semoule et de farine, cuite à l’huile et trempée dans du miel, l’équivalent de la Chebbakia) et Kalballouz (de la semoule au sirop) raflent la vedette à Alger au même titre que les Qtayefs, pâte fraîche et vermicelle fourrée d’amandes (l’équivalent de pastillas).
Les soirées sont plus animées que d’habitude, quoique les personnes âgées soient très nostalgiques du Ramadan des années 70 et début 80. «C’était différent et plus chaleureux», répète-t-on.
Cette année, tous les soirs, causeries, concerts et spectacles sont organisés dans les grandes villes.
Que ce soit à Constantinople, Blida, Oran ou Alger, les cafés ne désemplissent pas le soir… d’hommes. Les femmes, quant à elles, ne se rendent pas au café. «Une femme au café, c’est très mal vu chez nous!», précise une Algéroise. De même que les jeunes filles ne se rendent pas aux mosquées pour les Taraouihs. «C’est aussi très mal perçu. Les mosquées, c’est plutôt pour les personnes d’un certain âge, pas pour les jeunes filles», poursuit l’Algéroise.
En revanche, les femmes sortent beaucoup dans les villes. «Comme elles ne reçoivent pas chez elles, elles assistent aux spectacles».
Côté animation, Alger s’éveille le soir et le centre-ville bat son plein. Hôtels, salles de spectacles et centres culturels concoctent une programmation spéciale.
Les Algériens renouent avec les pièces de Théâtre, avant-première de films, vernissages, soirées chaâbi (Ramadan coïncide avec le retour en force du chaâbi). Le Théâtre national algérien (TNA) abrite cette année un festival dédié à ce style: madih, raï, hawzi, gharnati… Le gharnati et le maâlouf sont particulièrement affectionnés à Blida, Tlemcen et Alger. Le raï, c’est plutôt à Oran.
La musique et les rythmes kabyles résonnent à leur tour dans les salles.
Tout au long du mois sacré, les planches accueillent, en alternance, concerts de musique et représentations théâtrales qui débutent dès 21 heures. Des chanteurs syriens, libanais, égyptiens, marocains… sont invités à Alger. «Les Algérois aiment beaucoup Latifa Raafate, Doukkali et Belkhayate. Ils se produisent à guichets fermés», témoigne une Algérienne.
En Algérie, télévision et Ramadan font bon ménage. Sitcoms, sketchs, feuilletons religieux, pièces de théâtre et autres émissions culturelles animent les foyers pendant tout le mois.
La Nuit sacrée venue, des concours de psalmodies ont lieu dans les mosquées et les Taraouihs ont un cachet plus solennel. Les femmes embaument les maisons d’encens et de bois de santal et préparent les gâteaux pour l’Aïd: les incontournables Al Makroute, Tcharek, et Samssa.
Amin Rboub
Source: L'Economiste
13 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 11 : l'Irak
Irak: Un jeûne au parfum de guerre civile
· Le mois sacré coïncide avec des pèlerinages à Karbala et Nadjaf
· Les plats collectifs du f’tour, une tradition laissée par Saddam
· Chiites et sunnites se font inviter à la rupture du jeûne
Depuis la chute du régime baasiste, un parfum de guerre civile flotte dans les principales villes. Que ce soit à Bagdad, Bassora, Fallouja, Mossoul ou Karbala… le constat est le même. Chiites, sunnites, Kurdes… s’entretuent au quotidien.
«La Mésopotamie a toujours été l’objet de convoitises, mais les Irakiens ont cette particularité de surmonter les difficultés et les drames de l’histoire», s’enorgueillit Mohamed Wahib, homme d’affaires irakien.
Les Irakiens jeûnent sur fond de guerre civile, d’enlèvements et d’attentats au quotidien. Cette année, ils redoutent une nouvelle vague de violence. Du coup, les privations sont sur fond d’inquiétudes.
Premières privations cette année, «un couvre-feu nocturne est imposé dans les grandes villes. Il n’y aura que six heures d’électricité par jour au rythme d’une heure et demie toutes les quatre heures». Rien d’étonnant à ce que les lampes à pétrole soient prises cette année autant que les provisions, pendant le Ramadan.
A Bagdad, les habitants se risquent de moins en moins à circuler d’un quartier à l’autre en raison de l’insécurité. La vigilance est de mise. Mais rien n’empêche les visites et prières du coucher du soleil jusqu’à l’aube. Malgré les attentats qui frappent généralement les lieux de rassemblement et les marchés, les souks de Bagdad ont retrouvé une certaine animation, surtout celui de Chorja, qui offre divers produits importés d’Asie, d’Iran et de pays arabes voisins, poursuit Wahib.
Comme du temps du régime déchu, la tradition est pratiquement la même durant le mois sacré. «Les visites se poursuivent entre proches, voisins, familles et amis tout au long du mois. Souvent, chiites et sunnites se font inviter durant l’Iftar et le dîner».
Généralement, les mêmes rituels sont pratiqués que l’on soit chez les Kurdes de Arbil et Kirkouk, ou au Sud chez les Chiites de Nadjaf, Karbala, Al Koute ou encore chez les sunnites de Bagdad, Mossoul, Tikrite (origine de Saddam) et Ramady. Excepté quelques variations, Kurdes, sunnites et chiites ont les mêmes coutumes.
Mais il y a le décalage durant la première journée du jeûne (la tradition chez les chiites étant d’observer le jeûne en même temps que les Iraniens, soit généralement 24 heures d’avance que leurs concitoyens sunnites). Ramadan en Irak, c’est surtout un mois de spiritualité intense. La mosquée Oum Toboul de Bagdad est celle qui enregistre le plus grand nombre de fidèles durant le mois sacré. A Al Kadimia par exemple, le nombre de pratiquants peut dépasser les 2.000 et ce, dans un seul lieu de culte. Les mausolées des Alaouites accueillent aussi des fidèles pour les prières des Taraouihs.
La mosquée de Koufa est toujours pleine à craquer. C’était le QG de Ali Ibn Abi Talib, le quatrième calife orthodoxe. Hommes, femmes et enfants s’y rendent de plus en plus nombreux. Et la teneur des prêches galvanise les foules. Surtout lorsque les diatribes antiaméricaines se mêlent à la causerie.
Autre particularité irakienne pendant le Ramadan: le pays devient une destination prisée par des touristes des pays voisins. Mais ce n’est pas n’importe quel tourisme puisque celui-ci est empreint d’une forte charge religieuse. Une véritable industrie de tourisme religieux s’est développée. Normal, les lieux saints les plus sacrés des chiites sont en Irak et le pays abrite le plus grand nombre de mausolées, de sépultures de saints et de prophètes. C’est aussi le lieu de pèlerinage le plus prisé par les chiites après La Mecque.
Les Iraniens sont les premiers touristes étrangers en Irak. Ils viennent surtout visiter les lieux saints de Nadjaf et Karbala, notamment l’Imam Ali et le dôme sacré. Plus de 1.500 touristes se rendent chaque jour à Nadjaf et Karbala. Un rituel qui remonte à plus de 1.300 ans. Les Irakiens sont conscients que depuis plus de 1.300 ans, ce qui les unit avec les Iraniens, c’est d’abord le chiisme. Iraniens, Indiens, Pakistanais… se rendent deux fois par an (pendant le Ramadan et après La Mecque) accomplir un pèlerinage à Karbala, Nadjaf, Al Kadimia ou encore Al Adamaia… ce sont des lieux de recueillement sacralisés.
La tradition est de compléter le pèlerinage à Karbala, Nadjaf et Al Kadimia. Mais aussi la ville de Samaraa où repose Al Imam Al Mahdi.
Les fidèles viennent de partout (Inde, Pakistan, Iran…) en autocars bigarrés pleins de folklore et de couleurs se recueillir dans les mausolées.
La tombe de Abdelkader Jilali à Bab Cheikh au centre de Bagdad (non loin du mausolée de l’Imam Al Ghazali) est également très sollicitée.
Pour les chiites, le centre du monde se trouve en Irak. L’Achoura, contrairement aux pays de tradition sunnite, est célébrée en deuil puisqu’elle commémore le martyre d’Al Hussein (petit-fils du prophète et guide de tous les chiites …). Elle illustre parfaitement cet attachement spirituel à Karbala et au pays du Tigre et de l’Euphrate.
A Bagdad comme à Karbala, la nuit sacrée est très éclairée, radieuse. Des décorations se font dans les mausolées pour la circonstance, des cierges, des lanternes…
Les avenues qui mènent aux lieux de culte sont parcourues à pied, sur fond de tambourinement et de madih (chant spirituel).
A quelques mètres des mausolées, des rassemblements de fidèles accueillent les visiteurs et ce, jusqu’aux aurores. Dès le coucher du soleil, l’ambiance est festive, avec de longs et copieux dîners en famille ou entre amis. L’influence iranienne va bien au-delà de la religion: elle est aussi dans les us et la cuisine.
Le mets principal en Irak est d’origine iranienne. Appelé Dolma, ce mets est composé de courgettes farcies de viande hachée et de riz. A Bagdad, l’on raffole aussi du Kouzi Lahm. Il s’agit d’un agnelet de 1 mois de préférence farci de riz, de foie et de viande hachée. Le Tabssi, plat à base d’aubergines, d’oignons, de pommes de terre et de viande d’agneau de moins d’un an est aussi consommé pendant les dîners.
La tradition au pays de l’Euphrate est de préparer des plats collectifs pour la rupture du jeûne, surtout dans les quartiers populaires. Ce sont les grandes familles, les factions et les tribus qui organisent ce type d’opérations, appelé Mawaïd Al Iftar.
Du temps de Saddam, c’était le ministère des Affaires islamiques qui organisait cette opération caritative. La particularité, de ce f’tour, c’est que démunis et nantis, chiites et sunnites partagent le repas ensemble pour se rapprocher les uns des autres. Le temps d’un f’tour, les hostilités sont laissées de côté.
Les soirées sont longues à Bagdad. Les jeux de société sont le passe-temps favori des couche-tard. Outre le domino, les échecs et les jeux de cartes, les Irakiens veillent tard le soir dans les cafés et les salons de thé. Les noctambules sirotent du thé noir, café à la cardamome et autres jus de raisins et surtout de grenade. La chicha est une vieille tradition qui fait partie de la couleur locale.
Al Mahbesse: Un jeu légendaire
Autre vieille tradition dans les cafés, Al Mahbesse. C’est un jeu légendaire qui anime les cafés de Bagdad. Deux groupes venus de deux quartiers différents se mettent face à face. La partie consiste à cacher une bague en or. Et le dénouement de la partie est ponctué par la découverte de cette bague que l’un des joueurs doit dissimuler dans son poignet. Un jeu qui peut durer des heures et des heures. Tout se joue autour de l’intuition et l’intelligence, précise Wahib. Le pari est généralement sous forme de sucreries, gâteaux et jus. A la fin de la partie, de grands plateaux de Baklawa, Zlabia…. sont servis dans tout le café.
Amin Rboub
Source : L'Economiste
10 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 10 : la Mauritanie
Mauritanie: Le poids des traditions et des confréries
· Veillées de chants soufis dans les mosquées
· «La foi permet de tout transcender, aller au-delà de ses possibilités»
«UN mois de grande piété, de sobriété et de pardon…» Les Mauritaniens résument ainsi l’esprit du mois sacré. Le pays du million de poètes, appelé aussi le pays des Chinguettis (appellation qui signifie le puits du cheval), vit Ramadan avec beaucoup de philosophie et de sagesse.
«Chez nous, Ramadan se vit dans la pure tradition de l’abstinence, la simplicité, voire l’austérité des fois», explique un jeune Mauritanien installé à Casablanca. La rudesse du climat rend le jeûne très contraignant dans ce pays. L’aridité en Mauritanie, rappelons-le, est extrême presque partout. Le climat est chaud et sec. Ce qui rend éprouvant l’abstinence: «Les vieux jeûnent au risque de leur vie. Il y a plusieurs cas de déshydratation durant le mois sacré», témoigne un journaliste mauritanien. «Chez nous, la tradition veut que la foi permette de tout transcender, aller au-delà de ses possibilités apparentes, tient-il à préciser. Et d’ajouter, l’air solennel: «Nous sommes convaincus que c’est dans la souffrance la plus atroce que Dieu reconnaîtra les siens».
Les vieilles traditions des tribus et les rituels pèsent de tout leur poids. A l’instar du Mali et du Sénégal (www.leconomiste.com), la Mauritanie compte plusieurs confréries. Les principales restent incontestablement celles des Tidjanis et des Hamalistes (une confrérie d’origine malienne).
Que ce soit chez les maures (tribus d’arabes noirs et blancs basés au Nord et à l’Est), les samasites (tribu de l’ex-président Ould Taya), Ouled Dlim ou encore les Esbihis… la tradition est partout la même pendant le mois sacré: «le jeûne est un devoir mais en même temps il n’y a pas de contrainte». La tolérance est aussi de mise «tant que chaque individu est responsable devant Dieu», poursuit le journaliste.
Le jour, les horaires de travail sont réduits et l’activité de production tourne au ralenti.
En attendant la rupture du jeûne dans les grandes villes, les Mauritaniens passent leur après-midi à flâner dans les souks.
Les marchés des villes sont inondés de fruits et légumes et articles fabriqués ou en provenance du Maroc. Le made in China n’épargne pas les étalages et devantures des magasins de Nouadhibou, Kaédi, Kiffa ou encore Nouakchott.
Au coucher du soleil, petits et grands jubilent et se réunissent autour de la table. Pour rompre leur jeûne, les Mauritaniens font tout dans la simplicité: lait caillé et mélangé à de l’eau et du sucre, dattes, de la bouillie de céréales et du jus d’oseille.
Le thé vert à la menthe se boit corsé et sans modération. Après, jeunes et adultes vaquent à la prière du Maghreb. Au retour, on sirote le thé accompagné généralement d’un tagine, le Benava. Un pot-au-feu sans légumes composé de sauce et de viande d’agneau, de chèvres ou de chameau. D’autres encore ont une préférence pour le méchoui avant d’enchaîner avec la prière d’Al Ichaa et les Tarawihs jusque tard dans la soirée. Les mosquées sont bondées d’enfants, de jeunes et de personnes âgées. Tout le monde s’y rend quel que soit l’âge.
Le soir, les cafés et salons de thé ne sont pas très fréquentés en Mauritanie. Les jeunes se rassemblent dans les quartiers et discutent de sujets d’actualité: «la nouvelle équipe au pouvoir, la moralisation de la vie politique, les gisements pétroliers, la lutte contre la corruption, la revalorisation des salaires…».
Parallèlement, des veillées de chant soufi sont tenues dans plusieurs quartiers et mosquées. Certaines familles font preuve d’une grande générosité, invitent proches et amis… et égorgent des bœufs ou des moutons pour des veillées à l’occasion. L’aumône et la charité deviennent fréquentes: l’on donne beaucoup d’argent et surtout du pain de sucre aux personnes âgées même si elles ne sont pas dans le besoin. C’est surtout durant la nuit sacrée que les dons et zakat deviennent importants.
Les nantis achètent des centaines de kilos de pain de sucre qu’ils distribuent aux nécessiteux et aux vieux pour qu’ils prient pour eux. «Pour nous, les personnes âgées sont dépositaires de l’histoire, de la tradition et de la sagesse. Elles ont la Baraka!»
Une manière de rendre hommage à la sagesse des vieux.
Source : L'Economiste
09 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 9 : la Jordanie
"Sahn Al Jirane" ou le sens du partage à Amman
· Al mensaf, une fierté de la cuisine jordanienne
· Un Ramadan chaleureux mais aussi très spirituel
De Jerash, la cité romaine, à Petra la Nabatéenne, en passant par Amman jusqu’au désert du Wadi Rum, les Jordaniens ont l’habitude d’aménager leur foyer exceptionnellement à la veille du mois sacré. A l’instar des Marocains, ils s’apprêtent à recevoir de la visite.
Les tout premiers jours, toute la famille se réunit dans le domicile du père, chef du foyer. Une manière de renouer et consolider les liens familiaux, entretenir des conversations et vivre le partage et la solidarité dans la bénédiction.
A la rupture du jeûne, la table est très variée, consistante et nutritionnelle: salades, plats de résistance, jus…
Au menu: plusieurs boissons «Souss», dattes, caroube, jus (Tamr Al Hindi), hors-d’oeuvre et apéritifs.
Les plats de résistance jordaniens réputés restent incontestablement «Al maklouba», mélange de légumes et de riz, «Al kabssa», mets à base de riz et de viande, feuilles de raisin.
«Al mensaf» est un autre plat principal préféré des Jordaniens en cette période. Il constitue la fierté de la cuisine hachémite. Il est préparé à base d’agneau cuit dans du «lebneh» (produit laitier) avec des herbes aromatiques et servi avec du riz. Al Fattouch est primordiale dans la table du f’tour. Une salade variée composée de morceaux de pain arabe, feuilles de menthe et pourpier.
Comme dans de nombreux pays de la région, la tradition en Jordanie veut que le f’tour soit consistant et servi d’un seul coup avec le dîner. L’on sert souvent dattes, soupe, salades suivies du plat de résistance. Après, les délices des sucreries: gâteaux et galettes sont servis tout au long de la soirée. Comme au Liban, «Al qatayef», sorte de raghif sucré au fromage, reste le plus consommé.
Viennent après le tirmiss, graines comme les poischiches et les fèves bouillis.
Le soir à Amman, une ville considérée comme étant la plus ancienne sur Terre, Ramadan est d’habitude chaleureux et très animé. La particularité de cette ville millénaire est que le nouveau monde cohabite avec l’ancien, la civilisation antique côtoie harmonieusement l’architecture moderne.
Les soirées ramadanesques revêtent un caractère sacré à Amman. Beaucoup de Jordaniens passent leur soirée à lire des sourates et versets du Livre saint. D’autres égrennent des chapelets entre leurs doigts et invoquent Dieu. Toutes les mosquées sont pleines lors des Tarawihs. Les veillées vont jusqu’au lever du jour.
Beaucoup de gens préfèrent rester à la maison, alors que d’autres se rendent aux cafés où souvent un étage est réservé aux familles. Au rez-de-chaussée et sur les terrasses, occupés généralement par les hommes, l’on sirote le café et fume la pipe orientale à volonté.
Juste avant l’aurore, les Jordaniens mangent des fromages blancs, des gâteaux, les pois cassés et la pomme de terre bouillie lors du s’hour.
Côté animation, spectacles de chant et humour sont organisés le soir dans des hôtels. La musique sacrée à cachet spirituel est très appréciée par les Jordaniens durant ce mois en particulier ainsi que les chants folkloriques. Il en est de même que pour des soirées poétiques.
Autre événement phare du mois sacré en Jordanie, l’organisation de concours de récitation du Coran et autres psalmodies. Les participants viennent d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie.
Sur le plan commercial, plusieurs foires et expositions de produits alimentaires et artisanaux sont tenues tout au long du mois sacré.
Mais c’est surtout l’opération «Sahn Al Jirane» (tdlr: plat des voisins) qui revêt un caractère particulier dans tout le pays. Gage de partage, de générosité et d’hospitalité, cette opération est organisée par des familles. Plus solidaires, ces dernières préparent un grand plat qu’elles partagent avec leurs voisins, lesquels le restitue avec ce qu’ils ont déjà préparé. Au total, et dans chaque foyer, sont servis au moins une dizaine de plats variés provenant du voisinage.
Mieux encore, l’Aïd dure trois jours en Jordanie. C’est la fête de la famille et des amis par excellence. C’est l’occasion rêvée de souhaiter ses meilleurs voeux pour l’année qui vient. Mais aussi de siroter des tasses de café parfumé à la cardamone. La coutume veut que l’on boive trois tasses: la première marque la bienvenue, la deuxième est à l’honneur des invités, alors que la troisième incarne les voeux pour l’année qui suit.
Source : L'Economiste
A partir d'aujourd'hui, les tours du monde du Ramadan seront postés en matinée, car la préparation du repas de rupture du jeûne commence très tôt, donc je serai bien occupée :) Pour info, en ce moment, nous jeûnons jusqu'aux environs de 20h45 sans eau ni nourriture. Espérons que le soleil ne tapera pas trop fort!! A ce soir pour des photos et des recettes délicieuses :)
08 septembre 2009
Brick au boeuf épicé et au fromage fondu
Cette recette est réalisée par ma soeur, à qui j'ai piqué sans vergogne la recette :) Eh comme l'heure de la rupture du jeune approchait et que j'avais grand-faim, je n'ai pas pensé à photographier le résultat final mais ça ressemble à ça. Recette simplissime et délicieuse!
Ingrédients pour 6
- 6 boulettes de viande de boeuf, salées, poivrées et assaisonnées chacune d'une bonne pincée de tabel-karouia
- 6 portions de fromage fond
- oignon émincé
- persil émincé
- 6 feuilles de bricks (ou malsouqa)
- 1 oeuf
- huile de friture
Préparation
- Poser dans le bas de la feuille une portion de fromage fondu. Ecraser dessus la boulette de viande, puis agrémenter d'une grosse pincée d'oignons, puis de persil.
- Rabattre la feuille à droite, puis à gauche, puis "enrouler" (en fait il faut former un carré).
- Tremper les mains dans l'oeuf salé et battu, puis enduire toute la brick. Faire ainsi avec les 5 autres, puis frire, et déguster bien chaud.
07 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 8 : l'Arabie Saoudite
Arabie saoudite: Un haut lieu de vénération
· La omra attire de plus en plus de fidèles durant le mois sacré
· Un record cette année: Plus de 3 millions de pèlerins
· Ramadan: le petit pèlerinage en vaut un grand
En Arabie saoudite, les dix derniers jours du mois sacré revêtent un caractère particulier. C’est une période tellement sacralisée que l’Etat accorde des vacances de 10 jours aux écoles et dans les administrations.
Dans le Royaume wahhabite comme dans le reste du monde, Ramadan est un mois de prière, de recueillement et d’invocations de Dieu. Mais en plus, l’Arabie saoudite abrite les Lieux saints de l’islam (La Mecque et Médine), ce qui en fait un haut lieu de vénération, de purification et de recueillement. Le mois sacré y est vécu avec de vives émotions.
Dans ce pays en particulier, le mois sacré est aussi l’occasion rêvée de nombreux fidèles pour accomplir le petit pèlerinage, communément appelé la «omra».
Ce mois, un record de pèlerins a été enregistré. Plus de trois millions de pèlerins sont arrivés ce mois à La Mecque et Médine pour y accomplir les rites du pèlerinage. La omra se fait en tout temps. Sauf qu’elle est hautement recommandée pendant le mois de Ramadan.
«La omra peut avoir lieu à n’importe quelle période de l’année. Cependant, si elle est accomplie pendant le mois sacré, elle a la même valeur que le grand pèlerinage», répète-t-on dans les Lieux saints. Mieux encore, ce qui explique l’engouement des fidèles pendant cette période de l’année, c’est que les rites durant le mois sacré sont l’équivalent d’un hadj en compagnie du prophète: «Une omra pendant Ramadan vaut un grand pèlerinage en ma compagnie», (Hadith, d’après Boukhari et Mouslim).
D’ailleurs, on reconnaît les pèlerins à partir de Jeddah. Dès l’aéroport de la capitale économique saoudienne (Jeddah) située à environ 45 km de La Mecque et à quelque 400 km de Médine, de nombreux pèlerins venant des quatre coins du monde arrivent depuis le début du Ramadan. On les reconnaît à leur «Ihrame» blanc. Chaque pèlerin est vêtu de deux draps blancs, un à la taille et l’autre sur l’épaule et est chaussé de simples sandales. Chaque musulman peut accomplir les rites du pèlerinage de son choix. Les fidèles viennent pour la plupart de l’Indonésie, la Malaisie, l’Egypte, l’Iran ou encore le Maroc, la France et les Etats-Unis.
Aussitôt que la lune du mois sacré fait son apparition, la Sainte mosquée affiche un aspect pompeux et radieux. Cette période coïncide avec le renouvellement des nattes et l’augmentation du nombre des lanternes et des bougies. L’ambiance est resplendissante de lumière et d’éclat. Le tout sur fond de prières et de fervents appels du muezzin. Dans l’esplanade de La Mecque, résonne des voix de lecteurs, de psalmodies, les âmes s’attendrissent et les coeurs s’émeuvent.
A la rupture du jeûne, chaque communauté de pèlerins a ses propres habitudes. Le coût de la nourriture à Médine et à La Mecque est de 100 à 150 DH par jour et par personne. A Médine comme à La Mecque, de nombreux restaurants, en particulier indiens (du Kerala) ou indonésiens, préparent des ftours et dîners très bon marché. Pour une cuisine plus raffinée, à La Mecque, certains optent pour la cuisine libanaise.
De l’avis de nombreuses personnes, la population de Médine est plus raffinée, plus délicate alors que celle de La Mecque (Des Quraychites) sont plus rustres.
La particularité de l’Arabie saoudite est qu’elle compte plus d’étrangers (des Indiens, des Pakistanais, des Coréens, des Bangladais…) que de Saoudiens.
La Mecque par exemple ne compte que près d’un million d’habitants (966.000) et prospère surtout grâce aux millions de pèlerins qui s’y rendent chaque année.
L’accès à La Mecque est interdit aux non-musulmans. Des pancartes tout au long de l’autoroute menant de Jeddah à la Mecque et à Médine séparent les routes des pèlerins et des non-musulmans. Du vivant du Prophète, il n’y avait pas de restriction sur l’accès à la ville.
Au coucher du soleil, et à l’appel à la prière, les Saoudiens sont très scrupuleux et veillent à respecter à la lettre les habitudes du Prophète (Sunna). D’habitude, le chef du foyer (le père) rompt le jeûne dans la mosquée et l’on tient à commencer par des dattes sinon de l’eau. Le nombre de dattes doit être impair.
La table de l’Iftar est généralement assez variée. En plus des dattes et du lait, des soupes aux légumes, différents types de rafraîchissements sont servis (généralement des jus de raisins, de pomme et d’orange). Un jus est particulièrement prisé durant le mois sacré, c’est le Vimto (à base de framboise). Des jours avant le Ramadan, les Saoudiens le commandent et ils n’ont pas le droit d’acheter plus de deux unités.
Après la prière d’Al Icha et les Taraouihs, vient le dîner. La cuisine saoudienne est basée essentiellement sur le riz. Plusieurs variétés de riz sont préparées durant le mois sacré, notamment Al Kabssa (riz et viandes). Plat national numéro 1, Al Kabssa est l’équivalent du couscous au Maghreb.
Les grillades (Machaoui) ne sont pas en reste. Dans les grandes villes saoudiennes, la plupart des restaurants et des hôtels concoctent des menus spécialement pour la circonstance. Ce sont des buffets assez variés avec salades, plats de résistance et grillades.
A Riyad comme à Jeddah, la fièvre du mois sacré est plus perceptible qu’ailleurs. Les souks traditionnels (halaga), grandes surfaces et malls de shopping ne désemplissent pas de jour comme de nuit.
A l’approche de l’Aïd Al Fitr, les achats d’impulsion deviennent monnaie courante. Les Saoudiens s’approvisionnent le plus abondamment possible. Mais le plus gros des emplettes se fait généralement le soir.
Tout renvoie au mois sacré: programmation télé, médias, publicité, affiches, promotions spécial Ramadan… Un événement à part entière où le marketing déploie beaucoup d’agressivité.
Forte du hadith: «La meilleure charité est celle accomplie pendant Ramadan», la bienfaisance pendant le mois sacré connaît une forte impulsion dans ce pays en particulier.
L’Arabie saoudite est aussi connue par ses tables du Miséricordieux «Mawaid Errahmane». Plusieurs donateurs distribuent des f’tours dans toutes les villes et les mosquées du pays.
Des tentes et chapiteaux sont également aménagées tout au long du mois sacré à Jeddah, Riyad, Médine et La Mecque. On y distribue des repas aux démunis et aux jeûneurs de passage. Les bénéficiaires sont généralement des immigrés asiatiques venus du Bangladesh, de l’Inde, Pakistan…
Source : L'Economiste
05 septembre 2009
Tour du monde du Ramadan, étape 7 : le Sénégal
Sénégal: La seule animation est spirituelle
· Contrairement aux pays du Maghreb, les rues sont désertes le soir
· Mourides, Tidjanes, Khadria, Layènes, Baye Fall… A chacun ses rites
· Mosquée Mohammed V, un lieu très fréquenté
Saint-Louis du Sénégal, Dakar, Thiès, Ziguinchor, Tamba… Dans toutes les grandes villes du Sénégal, Ramadan est synonyme d’une grande piété. Partout, les mots d’ordre ce mois-ci sont: humilité, abstinence et sobriété.
Une sobriété qui se traduit à travers tous les actes de la vie quotidienne. «C’est un moyen de se purifier le corps et l’esprit et d’aller le plus loin possible dans l’abstinence», explique un journaliste sénégalais. Selon lui, «la privation va jusqu’aux rapports conjugaux. Mari et femme sont appelés à s’abstenir de tout rapport sexuel, jour et nuit, durant tout le mois sacré». C’est bien de jeûner, mais si on peut s’abstenir, entre conjoints, c’est encore mieux, poursuit le journaliste.
C’est dire que tout se fait dans l’esprit de la ferveur, se réduit au strict minimum, à la modération et à la privation.
La spiritualité au Sénégal et les rituels religieux émanent aussi d’un système de confréries. La tradition maraboutique est très enracinée et développée, selon les régions. Chacune d’elles se regroupe autour d’un marabout. Pendant le Ramadan, les rites des confréries sont très présents.
Les deux principales confréries sont celles des Mourides et des Tidjanes. Les premiers sont basés à Touba (250 km de Dakar), très solidaires, ces adeptes sont dans le commerce et les affaires. Chez les Tidjanes, c’est plutôt la spiritualité, l’éducation et la culture qui sont de mise. Le tout dans la modestie. Cette confrérie (basée à Tivaoune, à une centaine de km au nord de Dakar) s’inscrit dans la lignée de l’islam en Mauritanie et au Maroc. La tradition, chez les Tidjanes, «veut que ceux qui n’ont pas les moyens de se rendre à La Mecque, peuvent faire leur pèlerinage à Fès». La capitale spirituelle du Maroc abrite la sépulture du père spirituel de cette confrérie, Cheikh Ahmed Tidjani. Ce qui explique les différents pèlerinages de Sénégalais tout au long de l’année dans la capitale spirituelle du Maroc.
Autres sous-confréries, les Khadria, les Layènes. Les Mourides ont aussi un sous-groupe important, les Baye Fall. C’est une petite confrérie basée dans le centre du Sénégal et dont les adeptes sont réputés pour leurs déplacements et débrouillardise. Une bonne partie est basée à l’étranger. Appelés les Bana bana, ce sont généralement des commerçants ambulants. Les Baye Fall ont une particularité: Ils ramassent tout sur leur passage et le revendent. «Tout est recyclé, réutilisé et revendu», poursuit le journaliste. Pendant le mois sacré et surtout l’hivernage, la communauté des Baye Fall rentre au pays pour y effectuer des travaux bénévoles. Mais la grande particularité de cette confrérie est qu’elle «ne prie pas et n’observe pas le jeûne non plus mais ne se considère pas pour autant moins musulmane».
C’est cette mosaïque de confréries qui sert de toile de fond de Ramadan au Sénégal. Le jour, les fidèles passent le clair de leur temps dans les mosquées à prier, psalmodier et lire le Coran tout en passant le chapelet entre les doigts. Mais à part les Baye Fall, «ne pas prier pendant le mois sacré est inadmissible dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest», précise le journaliste.
Les mosquées les plus connues sont celle de Touba, la plus grande de l’Ouest africain, et la Grande Mosquée de Dakar, appelée aussi Mosquée Mohammed V. Construite par feu Hassan II, la grande mosquée de Dakar est très populaire. Il n’est d’ailleurs par rare de voir les Sénégalais étaler des tapis à même le trottoir pour y effectuer leurs prières. Tout autour et dans pratiquement chaque coin de rue, des qassaïdes sont chantées par des bénévoles et des marabouts. Ce sont généralement des narrations historiques sur la vie du prophète, et ses compagnons ou encore des contes sur l’islam à travers l’histoire. Partout, les ventes de cassettes de prêches, DVD et CD du Coran font florès durant le mois sacré.
Hormis les confréries et les rituels, Ramadan est très paisible dans les villes. Dans la ville, «tout devient calme et fonctionne au ralenti», précise un autre Sénégalais. Mais Dakar reste la plus animée de jour comme de nuit, principalement dans les marchés où la pauvreté et la richesse se mêlent spontanément.
A Sandaga, par exemple, l’un des marchés les plus colorés et les plus bondés, les Dakarois passent l’après-midi à flâner dans ce souk gigantesque. Basé au coeur de Dakar, Sandaga est un hypermarché à ciel ouvert. On y trouve un peu de tout: des babouches et djellabas à l’électroménager en passant par les tissus, les épices ou encore les fruits et légumes.
Les avenues mitoyennes de Sandaga (Lamine Gaye, Ponty, Petavain…) ne désemplissent pratiquement pas et les marchandages y sont âpres.
Mais un peu de temps avant le f’tour, les rues se vident. Dans la capitale comme dans le reste du pays, il est important d’être chez soi bien avant le coucher du soleil.
A la rupture du jeûne, les Sénégalais boivent une gorgée de lait et une date sans plus avant de vaquer à la prière d’Al Maghrib. Dans la croyance traditionnelle, la transition entre la prière d’Al Maghreb et celle d’Al Ichaa est très courte. La composition de la table du ftour se fait à son tour dans l’esprit de la sobriété: un bol de dattes, du lait et des rafraîchissements, surtout des jus de gingembre, pain-de-singe ou encore le jus d’oseille (bissap)…
Autre boisson prisée pendant le mois sacré, la Kinkéliba: une tisane à base de feuilles qui se boit en infusion avec de l’eau chaude ou mélangée au lait. Elle est surtout recommandée aux enfants et aux femmes enceintes.
Chez d’autres familles, le f’tour est une sorte de petit-déjeuner reproduit avec du café au lait, beurre, chocolat et des omelettes. La soupe est également servie. Une bouillie à base de maïs ou semoule et lait caillé. C’est en général le gros du f’tour. Juste après, certaines familles font la prière et enchaînent avec le dîner. D’autres préfèrent attendre un peu le temps de digérer et font la prière jusqu’à 22 heures.
Le dîner est d’habitude l’équivalent du plat du midi. Autrement dit, tout se prépare à base du riz. Parmi les plats locaux les plus réputés: Thieub-bou-Jën (riz et poisson), le Yassa (riz blanc mélangé à une sauce aux oignons et au citron) ou encore le Maffé (riz blanc et sauce gombo) et le Massé. Les animations font défaut le soir dans les rues et au centre-ville. La seule animation, elle est spirituelle et se passe dans les mosquées qui sont pleines pendant et hors Ramadan. Dans les quartiers populaires, les gens s’organisent entre eux pour faire des prières collectives chez l’un des voisins.
Pour le s’hour, il est recommandé de se réveiller avant l’aube, vers 5 heures du matin. Généralement, le s’hour se résume à boire de l’eau et faire sa prière. Mais certaines familles préparent le petit-déjeuner complet (café au lait, thé, beurre…) et se recouchent. D’autres encore préparent un plat à manger avant le jeûne, des bouillies.
A son tour, la nuit sacrée se déroule dans la grande ferveur. Les veillées religieuses sont ininterrompues du dîner jusqu’à l’aube. La grande particularité de cette soirée reste les réconciliations entre proches et voisins. «La tradition veut que cette nuit soit l’occasion du grand pardon!» répète-t-on au Sénégal. La fête revêt aussi un cachet particulier. Parents et enfants portent des vêtements neufs. Mieux encore, du père au moins âgé des enfants, toute la famille porte la même couleur et le même tissu, souvent le Basin. Même tendance chez la maman et les filles. Du coup, dans les mosquées, l’ambiance est bigarrée et l’on reconnaît les mêmes familles de par leur tunique. Les babouches, djellabas et djabadors made in Maroc font aussi partie du décor de l’Aïd.
Amin RBOUB
Source: L'Economiste



















































