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15 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 13 : l'Indonésie

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Indonésie: Le diktat des gardiens de la morale

· Restaurants, pubs, karaoké, salles de massage… dans le collimateur des radicaux

· Ferveur intense au plus grand pays musulman

Djakarta, Sumatra, Surabaya, Java… L’Indonésie, le plus grand archipel au monde, observe le jeûne en veillant à «rétablir l’ordre moral».
Le premier vendredi du mois sacré, des manifestants s’en sont pris à un lieu fréquenté le soir par les étrangers, brisant ses portes et ses fenêtres. Le mois sacré en particulier, les musulmans s’érigent en gardiens de la morale et n’hésitent pas à fermer manu militari tous les lieux jugés «irrespectueux ou dépravants».
De par sa population, Nusnusantara (c’est ainsi que l’on appelait cette ancienne colonie néerlandaise) reste de loin le plus grand pays musulman au monde. Sur 220 millions d’habitants, 90% de la population est musulmane. Les Indonésiens pratiquent, dans leur immense majorité, un islam modéré. Mais ces dernières années, le constat est que la société indonésienne se nourrit du radicalisme de courants islamistes.
Le nombre de femmes voilées augmente et les prêches deviennent plus virulents et fédérateurs.

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C’est d’ailleurs le cas durant ce mois sacré à Djakarta, période pendant laquelle la tension monte d’un cran. Le message est on ne peut plus clair: les manifestants exigent que les bars, pubs et restaurants cessent de servir de l’alcool durant le mois sacré.
Ce phénomène ne date pas d’hier. Des mouvements islamistes ont pris l’habitude de s’attaquer aux lieux publics où l’on sert de l’alcool, notamment les bars et les boîtes de nuit. Ils mènent également des raids contre les salons de massage, les salles de jeux et de karaoké.
Afin d’éviter que des actes de vandalisme ne se multiplient d’ici la fin du Ramadan, le gouvernement indonésien a décidé d’appliquer une loi prévoyant la fermeture des cibles potentielles de radicaux.
Du coup, une opération d’assainissement coup de poing est organisée dans la capitale et les principales villes de l’archipel.
La police est formelle. Elle s’en prend à la consommation de drogues, aux salles de jeux, pubs et à la prostitution.
Par ailleurs, les salles de karaoké et de concerts seront soumises à des contrôles et des restrictions d’horaires.
La capitale de l’Indonésie est réputée, rappelons-le, par son tourisme.
Le Ramadan est la période de l’année qui met en lumière l’islam indonésien, traversé principalement par deux courants contradictoires: les modérés et les extrémistes.[...]
Quant aux autorités, elles cherchent plutôt à établir un équilibre: le bon dosage entre deux courants diamétralement opposés.
C’est dans ce puzzle religieux et sociétal que se déroule le mois sacré en Indonésie.

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La grande mosquée Al Istiqlal de Jakarta, construite du temps de Soekarno, réunit toutes les tendances durant le mois sacré.
Pour les besoins de la prière, les femmes arborent des moukina (cape blanche, l’équivalent de la abaya en Arabie saoudite). Quant aux hommes, ils portent le koko (appelé aussi kamisse), une tunique blanche mais avec le «Sarung», une jupe au-dessous comme les Yéménites de Hadramaoute.
Le soir, les rues sont désertes dans la capitale de Jakarta où les mosquées accueillent toute la nuit des milliers de fidèles venus prier et écouter les imams. Les fidèles indonésiens sont de plus en plus nombreux à prier et à rompre le jeûne dans les mosquées. Les imams répartissent, à tour de rôle, des tâches aux riverains pour qu’ils préparent les plats du f’tour.
A l’intérieur des mosquées, la ferveur atteint son paroxysme. Des millions de musulmans plongent dans le recueillement, prient chaque jour et lisent le Coran sans pour autant en comprendre le contenu, confie une source. «La majorité des Indonésiens, les plus âgés surtout, ne comprennent pas les sourates du Livre saint. Elles se contentent d’apprendre à force de prier et d’écouter les imams», poursuit la même source qui précise qu’il y a plus de 200 langues parlées en Indonésie et quelque 300 ethnies.
Le jour à Jakarta, les marchés sont bondés. Encens, épices, tapis pour la prière, calottes, tuniques, tissu, chapelets, moukina, CD du coran… toute une industrie cultuelle se fraie donc une place dans les souks des principales villes. L’engouement pour ces accessoires s’accentue durant le mois sacré.
Lors de «Berbeka», appellation qui signifie rupture du jeûne à Djakarta, saveurs et arômes sont au menu. «Nous rompons le jeûne avec des dattes dans l’esprit de la sira du Prophète», souligne un Indonésien installé à Rabat. Après, ajoute-t-il, place au Koulak. Une soupe sucrée à base de morceaux de banane et autres fruits tropicaux. Le temps de la prière d’Al Maghrib, place au plat de résistance. D’habitude, c’est le Nasi. Un mets à base de riz et de viande.

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La cuisine indonésienne est très épicée. Généralement, les Indonésiens consomment le poisson, le riz à la vapeur et les légumes aux épices exotiques beaucoup plus que la viande. Les rafraîchissements ne sont pas en reste: jus et yaourts de même que le café corsé et les différentes variétés de thé noir, vert, au jasmin, sans sucre...
Pour s’accommoder aux habitudes et à l’esprit du mois sacré, de nombreux cafés à Jakarta servent le f’tour. C’est une nouvelle tendance qui s’installe dans les cafés. Les tenanciers de ces commerces réaménagent également leurs locaux en mettant à la disposition des fidèles de petites salles, des mini-mosquées aménagées pour la prière du soir, les Taraouihs.

Amin Rboub
Source: L'Economiste

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13 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 11 : l'Irak

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Irak: Un jeûne au parfum de guerre civile

· Le mois sacré coïncide avec des pèlerinages à Karbala et Nadjaf

· Les plats collectifs du f’tour, une tradition laissée par Saddam

· Chiites et sunnites se font inviter à la rupture du jeûne

Depuis la chute du régime baasiste, un parfum de guerre civile flotte dans les principales villes. Que ce soit à Bagdad, Bassora, Fallouja, Mossoul ou Karbala… le constat est le même. Chiites, sunnites, Kurdes… s’entretuent au quotidien.
«La Mésopotamie a toujours été l’objet de convoitises, mais les Irakiens ont cette particularité de surmonter les difficultés et les drames de l’histoire», s’enorgueillit Mohamed Wahib, homme d’affaires irakien.
Les Irakiens jeûnent sur fond de guerre civile, d’enlèvements et d’attentats au quotidien. Cette année, ils redoutent une nouvelle vague de violence. Du coup, les privations sont sur fond d’inquiétudes.
Premières privations cette année, «un couvre-feu nocturne est imposé dans les grandes villes. Il n’y aura que six heures d’électricité par jour au rythme d’une heure et demie toutes les quatre heures». Rien d’étonnant à ce que les lampes à pétrole soient prises cette année autant que les provisions, pendant le Ramadan.
A Bagdad, les habitants se risquent de moins en moins à circuler d’un quartier à l’autre en raison de l’insécurité. La vigilance est de mise. Mais rien n’empêche les visites et prières du coucher du soleil jusqu’à l’aube. Malgré les attentats qui frappent généralement les lieux de rassemblement et les marchés, les souks de Bagdad ont retrouvé une certaine animation, surtout celui de Chorja, qui offre divers produits importés d’Asie, d’Iran et de pays arabes voisins, poursuit Wahib.

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Comme du temps du régime déchu, la tradition est pratiquement la même durant le mois sacré. «Les visites se poursuivent entre proches, voisins, familles et amis tout au long du mois. Souvent, chiites et sunnites se font inviter durant l’Iftar et le dîner».
Généralement, les mêmes rituels sont pratiqués que l’on soit chez les Kurdes de Arbil et Kirkouk, ou au Sud chez les Chiites de Nadjaf, Karbala, Al Koute ou encore chez les sunnites de Bagdad, Mossoul, Tikrite (origine de Saddam) et Ramady. Excepté quelques variations, Kurdes, sunnites et chiites ont les mêmes coutumes.
Mais il y a le décalage durant la première journée du jeûne (la tradition chez les chiites étant d’observer le jeûne en même temps que les Iraniens, soit généralement 24 heures d’avance que leurs concitoyens sunnites). Ramadan en Irak, c’est surtout un mois de spiritualité intense. La mosquée Oum Toboul de Bagdad est celle qui enregistre le plus grand nombre de fidèles durant le mois sacré. A Al Kadimia par exemple, le nombre de pratiquants peut dépasser les 2.000 et ce, dans un seul lieu de culte. Les mausolées des Alaouites accueillent aussi des fidèles pour les prières des Taraouihs.

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La mosquée de Koufa est toujours pleine à craquer. C’était le QG de Ali Ibn Abi Talib, le quatrième calife orthodoxe. Hommes, femmes et enfants s’y rendent de plus en plus nombreux. Et la teneur des prêches galvanise les foules. Surtout lorsque les diatribes antiaméricaines se mêlent à la causerie.
Autre particularité irakienne pendant le Ramadan: le pays devient une destination prisée par des touristes des pays voisins. Mais ce n’est pas n’importe quel tourisme puisque celui-ci est empreint d’une forte charge religieuse. Une véritable industrie de tourisme religieux s’est développée. Normal, les lieux saints les plus sacrés des chiites sont en Irak et le pays abrite le plus grand nombre de mausolées, de sépultures de saints et de prophètes. C’est aussi le lieu de pèlerinage le plus prisé par les chiites après La Mecque.
Les Iraniens sont les premiers touristes étrangers en Irak. Ils viennent surtout visiter les lieux saints de Nadjaf et Karbala, notamment l’Imam Ali et le dôme sacré. Plus de 1.500 touristes se rendent chaque jour à Nadjaf et Karbala. Un rituel qui remonte à plus de 1.300 ans. Les Irakiens sont conscients que depuis plus de 1.300 ans, ce qui les unit avec les Iraniens, c’est d’abord le chiisme. Iraniens, Indiens, Pakistanais… se rendent deux fois par an (pendant le Ramadan et après La Mecque) accomplir un pèlerinage à Karbala, Nadjaf, Al Kadimia ou encore Al Adamaia… ce sont des lieux de recueillement sacralisés.
La tradition est de compléter le pèlerinage à Karbala, Nadjaf et Al Kadimia. Mais aussi la ville de Samaraa où repose Al Imam Al Mahdi.
Les fidèles viennent de partout (Inde, Pakistan, Iran…) en autocars bigarrés pleins de folklore et de couleurs se recueillir dans les mausolées.

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La tombe de Abdelkader Jilali à Bab Cheikh au centre de Bagdad (non loin du mausolée de l’Imam Al Ghazali) est également très sollicitée.
Pour les chiites, le centre du monde se trouve en Irak. L’Achoura, contrairement aux pays de tradition sunnite, est célébrée en deuil puisqu’elle commémore le martyre d’Al Hussein (petit-fils du prophète et guide de tous les chiites …). Elle illustre parfaitement cet attachement spirituel à Karbala et au pays du Tigre et de l’Euphrate.
A Bagdad comme à Karbala, la nuit sacrée est très éclairée, radieuse. Des décorations se font dans les mausolées pour la circonstance, des cierges, des lanternes…
Les avenues qui mènent aux lieux de culte sont parcourues à pied, sur fond de tambourinement et de madih (chant spirituel).
A quelques mètres des mausolées, des rassemblements de fidèles accueillent les visiteurs et ce, jusqu’aux aurores. Dès le coucher du soleil, l’ambiance est festive, avec de longs et copieux dîners en famille ou entre amis. L’influence iranienne va bien au-delà de la religion: elle est aussi dans les us et la cuisine.
Le mets principal en Irak est d’origine iranienne. Appelé Dolma, ce mets est composé de courgettes farcies de viande hachée et de riz. A Bagdad, l’on raffole aussi du Kouzi Lahm. Il s’agit d’un agnelet de 1 mois de préférence farci de riz, de foie et de viande hachée. Le Tabssi, plat à base d’aubergines, d’oignons, de pommes de terre et de viande d’agneau de moins d’un an est aussi consommé pendant les dîners.

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La tradition au pays de l’Euphrate est de préparer des plats collectifs pour la rupture du jeûne, surtout dans les quartiers populaires. Ce sont les grandes familles, les factions et les tribus qui organisent ce type d’opérations, appelé Mawaïd Al Iftar.
Du temps de Saddam, c’était le ministère des Affaires islamiques qui organisait cette opération caritative. La particularité, de ce f’tour, c’est que démunis et nantis, chiites et sunnites partagent le repas ensemble pour se rapprocher les uns des autres. Le temps d’un f’tour, les hostilités sont laissées de côté.
Les soirées sont longues à Bagdad. Les jeux de société sont le passe-temps favori des couche-tard. Outre le domino, les échecs et les jeux de cartes, les Irakiens veillent tard le soir dans les cafés et les salons de thé. Les noctambules sirotent du thé noir, café à la cardamome et autres jus de raisins et surtout de grenade. La chicha est une vieille tradition qui fait partie de la couleur locale.

Al Mahbesse: Un jeu légendaire

Autre vieille tradition dans les cafés, Al Mahbesse. C’est un jeu légendaire qui anime les cafés de Bagdad. Deux groupes venus de deux quartiers différents se mettent face à face. La partie consiste à cacher une bague en or. Et le dénouement de la partie est ponctué par la découverte de cette bague que l’un des joueurs doit dissimuler dans son poignet. Un jeu qui peut durer des heures et des heures. Tout se joue autour de l’intuition et l’intelligence, précise Wahib. Le pari est généralement sous forme de sucreries, gâteaux et jus. A la fin de la partie, de grands plateaux de Baklawa, Zlabia…. sont servis dans tout le café.

Amin Rboub

Source : L'Economiste

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10 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 10 : la Mauritanie

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Mauritanie: Le poids des traditions et des confréries

· Veillées de chants soufis dans les mosquées

· «La foi permet de tout transcender, aller au-delà de ses possibilités»

«UN mois de grande piété, de sobriété et de pardon…» Les Mauritaniens résument ainsi l’esprit du mois sacré. Le pays du million de poètes, appelé aussi le pays des Chinguettis (appellation qui signifie le puits du cheval), vit Ramadan avec beaucoup de philosophie et de sagesse.
«Chez nous, Ramadan se vit dans la pure tradition de l’abstinence, la simplicité, voire l’austérité des fois», explique un jeune Mauritanien installé à Casablanca. La rudesse du climat rend le jeûne très contraignant dans ce pays. L’aridité en Mauritanie, rappelons-le, est extrême presque partout. Le climat est chaud et sec. Ce qui rend éprouvant l’abstinence: «Les vieux jeûnent au risque de leur vie. Il y a plusieurs cas de déshydratation durant le mois sacré», témoigne un journaliste mauritanien. «Chez nous, la tradition veut que la foi permette de tout transcender, aller au-delà de ses possibilités apparentes, tient-il à préciser. Et d’ajouter, l’air solennel: «Nous sommes convaincus que c’est dans la souffrance la plus atroce que Dieu reconnaîtra les siens».
Les vieilles traditions des tribus et les rituels pèsent de tout leur poids. A l’instar du Mali et du Sénégal (www.leconomiste.com), la Mauritanie compte plusieurs confréries. Les principales restent incontestablement celles des Tidjanis et des Hamalistes (une confrérie d’origine malienne).

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Que ce soit chez les maures (tribus d’arabes noirs et blancs basés au Nord et à l’Est), les samasites (tribu de l’ex-président Ould Taya), Ouled Dlim ou encore les Esbihis… la tradition est partout la même pendant le mois sacré: «le jeûne est un devoir mais en même temps il n’y a pas de contrainte». La tolérance est aussi de mise «tant que chaque individu est responsable devant Dieu», poursuit le journaliste.
Le jour, les horaires de travail sont réduits et l’activité de production tourne au ralenti.
En attendant la rupture du jeûne dans les grandes villes, les Mauritaniens passent leur après-midi à flâner dans les souks.
Les marchés des villes sont inondés de fruits et légumes et articles fabriqués ou en provenance du Maroc. Le made in China n’épargne pas les étalages et devantures des magasins de Nouadhibou, Kaédi, Kiffa ou encore Nouakchott.
Au coucher du soleil, petits et grands jubilent et se réunissent autour de la table. Pour rompre leur jeûne, les Mauritaniens font tout dans la simplicité: lait caillé et mélangé à de l’eau et du sucre, dattes, de la bouillie de céréales et du jus d’oseille.

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Le thé vert à la menthe se boit corsé et sans modération. Après, jeunes et adultes vaquent à la prière du Maghreb. Au retour, on sirote le thé accompagné généralement d’un tagine, le Benava. Un pot-au-feu sans légumes composé de sauce et de viande d’agneau, de chèvres ou de chameau. D’autres encore ont une préférence pour le méchoui avant d’enchaîner avec la prière d’Al Ichaa et les Tarawihs jusque tard dans la soirée. Les mosquées sont bondées d’enfants, de jeunes et de personnes âgées. Tout le monde s’y rend quel que soit l’âge.
Le soir, les cafés et salons de thé ne sont pas très fréquentés en Mauritanie. Les jeunes se rassemblent dans les quartiers et discutent de sujets d’actualité: «la nouvelle équipe au pouvoir, la moralisation de la vie politique, les gisements pétroliers, la lutte contre la corruption, la revalorisation des salaires…».
Parallèlement, des veillées de chant soufi sont tenues dans plusieurs quartiers et mosquées. Certaines familles font preuve d’une grande générosité, invitent proches et amis… et égorgent des bœufs ou des moutons pour des veillées à l’occasion. L’aumône et la charité deviennent fréquentes: l’on donne beaucoup d’argent et surtout du pain de sucre aux personnes âgées même si elles ne sont pas dans le besoin. C’est surtout durant la nuit sacrée que les dons et zakat deviennent importants.
Les nantis achètent des centaines de kilos de pain de sucre qu’ils distribuent aux nécessiteux et aux vieux pour qu’ils prient pour eux. «Pour nous, les personnes âgées sont dépositaires de l’histoire, de la tradition et de la sagesse. Elles ont la Baraka!»
Une manière de rendre hommage à la sagesse des vieux.

Source : L'Economiste

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09 septembre 2009

Musique : Imed Essrawi (ou Essraoui)

Alors là, c'est mon coup de foudre de l'été : Imed Essrawi, un chanteur de mezoued tunisien, et qui met le feu avec ses chansons... Elles ont été de tous les mariages et de toutes les fêtes, et encore maintenant je pousse le volume à fond dans la voiture ou quand je fais le ménage à la maison.

On va démarrer avec cette super chanson, sur laquelle tout le monde danse, eh oui, c'est ça le "jaw tounsi"! ( assez dur à traduire : disons ambiance de fête tunisienne). Et je vous mettrai les autres au fur et à mesure :)

Je vous traduis un peu le début, c'est assez drôle :

Oh papa, oh papa... laisse moi me marier... avec une belle tunisienne... je t'en prie, oh papa... (et dans la chanson le père trouve des prétextes,et repousse au printemps, puis à l'été...). Le saviez-vous? En Tunisie, ce sont les parents qui vont demander à la famille de la jeune fille sa main (enfin, généralement), c'est pour ça que le pauvre bougre supplie :)

Allez, écoutez, savourez, et surtout dansez :)


Imed Essrawi

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Tour du monde du Ramadan, étape 9 : la Jordanie

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"Sahn Al Jirane" ou le sens du partage à Amman

· Al mensaf, une fierté de la cuisine jordanienne

· Un Ramadan chaleureux mais aussi très spirituel

De Jerash, la cité romaine, à Petra la Nabatéenne, en passant par Amman jusqu’au désert du Wadi Rum, les Jordaniens ont l’habitude d’aménager leur foyer exceptionnellement à la veille du mois sacré. A l’instar des Marocains, ils s’apprêtent à recevoir de la visite.
Les tout premiers jours, toute la famille se réunit dans le domicile du père, chef du foyer. Une manière de renouer et consolider les liens familiaux, entretenir des conversations et vivre le partage et la solidarité dans la bénédiction.
A la rupture du jeûne, la table est très variée, consistante et nutritionnelle: salades, plats de résistance, jus…
Au menu: plusieurs boissons «Souss», dattes, caroube, jus (Tamr Al Hindi), hors-d’oeuvre et apéritifs.
Les plats de résistance jordaniens réputés restent incontestablement «Al maklouba», mélange de légumes et de riz, «Al kabssa», mets à base de riz et de viande, feuilles de raisin.

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«Al mensaf» est un autre plat principal préféré des Jordaniens en cette période. Il constitue la fierté de la cuisine hachémite. Il est préparé à base d’agneau cuit dans du «lebneh» (produit laitier) avec des herbes aromatiques et servi avec du riz. Al Fattouch est primordiale dans la table du f’tour. Une salade variée composée de morceaux de pain arabe, feuilles de menthe et pourpier.
Comme dans de nombreux pays de la région, la tradition en Jordanie veut que le f’tour soit consistant et servi d’un seul coup avec le dîner. L’on sert souvent dattes, soupe, salades suivies du plat de résistance. Après, les délices des sucreries: gâteaux et galettes sont servis tout au long de la soirée. Comme au Liban, «Al qatayef», sorte de raghif sucré au fromage, reste le plus consommé.

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Viennent après le tirmiss, graines comme les poischiches et les fèves bouillis.
Le soir à Amman, une ville considérée comme étant la plus ancienne sur Terre, Ramadan est d’habitude chaleureux et très animé. La particularité de cette ville millénaire est que le nouveau monde cohabite avec l’ancien, la civilisation antique côtoie harmonieusement l’architecture moderne.
Les soirées ramadanesques revêtent un caractère sacré à Amman. Beaucoup de Jordaniens passent leur soirée à lire des sourates et versets du Livre saint. D’autres égrennent des chapelets entre leurs doigts et invoquent Dieu. Toutes les mosquées sont pleines lors des Tarawihs. Les veillées vont jusqu’au lever du jour.
Beaucoup de gens préfèrent rester à la maison, alors que d’autres se rendent aux cafés où souvent un étage est réservé aux familles. Au rez-de-chaussée et sur les terrasses, occupés généralement par les hommes, l’on sirote le café et fume la pipe orientale à volonté.
Juste avant l’aurore, les Jordaniens mangent des fromages blancs, des gâteaux, les pois cassés et la pomme de terre bouillie lors du s’hour.
Côté animation, spectacles de chant et humour sont organisés le soir dans des hôtels. La musique sacrée à cachet spirituel est très appréciée par les Jordaniens durant ce mois en particulier ainsi que les chants folkloriques. Il en est de même que pour des soirées poétiques.
Autre événement phare du mois sacré en Jordanie, l’organisation de concours de récitation du Coran et autres psalmodies. Les participants viennent d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie.
Sur le plan commercial, plusieurs foires et expositions de produits alimentaires et artisanaux sont tenues tout au long du mois sacré.

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Mais c’est surtout l’opération «Sahn Al Jirane» (tdlr: plat des voisins) qui revêt un caractère particulier dans tout le pays. Gage de partage, de générosité et d’hospitalité, cette opération est organisée par des familles. Plus solidaires, ces dernières préparent un grand plat qu’elles partagent avec leurs voisins, lesquels le restitue avec ce qu’ils ont déjà préparé. Au total, et dans chaque foyer, sont servis au moins une dizaine de plats variés provenant du voisinage.
Mieux encore, l’Aïd dure trois jours en Jordanie. C’est la fête de la famille et des amis par excellence. C’est l’occasion rêvée de souhaiter ses meilleurs voeux pour l’année qui vient. Mais aussi de siroter des tasses de café parfumé à la cardamone. La coutume veut que l’on boive trois tasses: la première marque la bienvenue, la deuxième est à l’honneur des invités, alors que la troisième incarne les voeux pour l’année qui suit.

Source : L'Economiste

A partir d'aujourd'hui, les tours du monde du Ramadan seront postés en matinée, car la préparation du repas de rupture du jeûne commence très tôt, donc je serai bien occupée :) Pour info, en ce moment, nous jeûnons jusqu'aux environs de 20h45 sans eau ni nourriture. Espérons que le soleil ne tapera pas trop fort!! A ce soir pour des photos et des recettes délicieuses :)

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07 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 8 : l'Arabie Saoudite

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Arabie saoudite: Un haut lieu de vénération

· La omra attire de plus en plus de fidèles durant le mois sacré

· Un record cette année: Plus de 3 millions de pèlerins

· Ramadan: le petit pèlerinage en vaut un grand

En Arabie saoudite, les dix derniers jours du mois sacré revêtent un caractère particulier. C’est une période tellement sacralisée que l’Etat accorde des vacances de 10 jours aux écoles et dans les administrations.
Dans le Royaume wahhabite comme dans le reste du monde, Ramadan est un mois de prière, de recueillement et d’invocations de Dieu. Mais en plus, l’Arabie saoudite abrite les Lieux saints de l’islam (La Mecque et Médine), ce qui en fait un haut lieu de vénération, de purification et de recueillement. Le mois sacré y est vécu avec de vives émotions.
Dans ce pays en particulier, le mois sacré est aussi l’occasion rêvée de nombreux fidèles pour accomplir le petit pèlerinage, communément appelé la «omra».
Ce mois, un record de pèlerins a été enregistré. Plus de trois millions de pèlerins sont arrivés ce mois à La Mecque et Médine pour y accomplir les rites du pèlerinage. La omra se fait en tout temps. Sauf qu’elle est hautement recommandée pendant le mois de Ramadan.
«La omra peut avoir lieu à n’importe quelle période de l’année. Cependant, si elle est accomplie pendant le mois sacré, elle a la même valeur que le grand pèlerinage», répète-t-on dans les Lieux saints. Mieux encore, ce qui explique l’engouement des fidèles pendant cette période de l’année, c’est que les rites durant le mois sacré sont l’équivalent d’un hadj en compagnie du prophète: «Une omra pendant Ramadan vaut un grand pèlerinage en ma compagnie», (Hadith, d’après Boukhari et Mouslim).
D’ailleurs, on reconnaît les pèlerins à partir de Jeddah. Dès l’aéroport de la capitale économique saoudienne (Jeddah) située à environ 45 km de La Mecque et à quelque 400 km de Médine, de nombreux pèlerins venant des quatre coins du monde arrivent depuis le début du Ramadan. On les reconnaît à leur «Ihrame» blanc. Chaque pèlerin est vêtu de deux draps blancs, un à la taille et l’autre sur l’épaule et est chaussé de simples sandales. Chaque musulman peut accomplir les rites du pèlerinage de son choix. Les fidèles viennent pour la plupart de l’Indonésie, la Malaisie, l’Egypte, l’Iran ou encore le Maroc, la France et les Etats-Unis.

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Aussitôt que la lune du mois sacré fait son apparition, la Sainte mosquée affiche un aspect pompeux et radieux. Cette période coïncide avec le renouvellement des nattes et l’augmentation du nombre des lanternes et des bougies. L’ambiance est resplendissante de lumière et d’éclat. Le tout sur fond de prières et de fervents appels du muezzin. Dans l’esplanade de La Mecque, résonne des voix de lecteurs, de psalmodies, les âmes s’attendrissent et les coeurs s’émeuvent.
A la rupture du jeûne, chaque communauté de pèlerins a ses propres habitudes. Le coût de la nourriture à Médine et à La Mecque est de 100 à 150 DH par jour et par personne. A Médine comme à La Mecque, de nombreux restaurants, en particulier indiens (du Kerala) ou indonésiens, préparent des ftours et dîners très bon marché. Pour une cuisine plus raffinée, à La Mecque, certains optent pour la cuisine libanaise.
De l’avis de nombreuses personnes, la population de Médine est plus raffinée, plus délicate alors que celle de La Mecque (Des Quraychites) sont plus rustres.
La particularité de l’Arabie saoudite est qu’elle compte plus d’étrangers (des Indiens, des Pakistanais, des Coréens, des Bangladais…) que de Saoudiens.
La Mecque par exemple ne compte que près d’un million d’habitants (966.000) et prospère surtout grâce aux millions de pèlerins qui s’y rendent chaque année.
L’accès à La Mecque est interdit aux non-musulmans. Des pancartes tout au long de l’autoroute menant de Jeddah à la Mecque et à Médine séparent les routes des pèlerins et des non-musulmans. Du vivant du Prophète, il n’y avait pas de restriction sur l’accès à la ville.
Au coucher du soleil, et à l’appel à la prière, les Saoudiens sont très scrupuleux et veillent à respecter à la lettre les habitudes du Prophète (Sunna). D’habitude, le chef du foyer (le père) rompt le jeûne dans la mosquée et l’on tient à commencer par des dattes sinon de l’eau. Le nombre de dattes doit être impair.
La table de l’Iftar est généralement assez variée. En plus des dattes et du lait, des soupes aux légumes, différents types de rafraîchissements sont servis (généralement des jus de raisins, de pomme et d’orange). Un jus est particulièrement prisé durant le mois sacré, c’est le Vimto (à base de framboise). Des jours avant le Ramadan, les Saoudiens le commandent et ils n’ont pas le droit d’acheter plus de deux unités.

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Après la prière d’Al Icha et les Taraouihs, vient le dîner. La cuisine saoudienne est basée essentiellement sur le riz. Plusieurs variétés de riz sont préparées durant le mois sacré, notamment Al Kabssa (riz et viandes). Plat national numéro 1, Al Kabssa est l’équivalent du couscous au Maghreb.
Les grillades (Machaoui) ne sont pas en reste. Dans les grandes villes saoudiennes, la plupart des restaurants et des hôtels concoctent des menus spécialement pour la circonstance. Ce sont des buffets assez variés avec salades, plats de résistance et grillades.
A Riyad comme à Jeddah, la fièvre du mois sacré est plus perceptible qu’ailleurs. Les souks traditionnels (halaga), grandes surfaces et malls de shopping ne désemplissent pas de jour comme de nuit.
A l’approche de l’Aïd Al Fitr, les achats d’impulsion deviennent monnaie courante. Les Saoudiens s’approvisionnent le plus abondamment possible. Mais le plus gros des emplettes se fait généralement le soir.
Tout renvoie au mois sacré: programmation télé, médias, publicité, affiches, promotions spécial Ramadan… Un événement à part entière où le marketing déploie beaucoup d’agressivité.
Forte du hadith: «La meilleure charité est celle accomplie pendant Ramadan», la bienfaisance pendant le mois sacré connaît une forte impulsion dans ce pays en particulier.
L’Arabie saoudite est aussi connue par ses tables du Miséricordieux «Mawaid Errahmane». Plusieurs donateurs distribuent des f’tours dans toutes les villes et les mosquées du pays.
Des tentes et chapiteaux sont également aménagées tout au long du mois sacré à Jeddah, Riyad, Médine et La Mecque. On y distribue des repas aux démunis et aux jeûneurs de passage. Les bénéficiaires sont généralement des immigrés asiatiques venus du Bangladesh, de l’Inde, Pakistan…

Source : L'Economiste

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05 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 7 : le Sénégal

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Sénégal: La seule animation est spirituelle

· Contrairement aux pays du Maghreb, les rues sont désertes le soir

· Mourides, Tidjanes, Khadria, Layènes, Baye Fall… A chacun ses rites

· Mosquée Mohammed V, un lieu très fréquenté

Saint-Louis du Sénégal, Dakar, Thiès, Ziguinchor, Tamba… Dans toutes les grandes villes du Sénégal, Ramadan est synonyme d’une grande piété. Partout, les mots d’ordre ce mois-ci sont: humilité, abstinence et sobriété.
Une sobriété qui se traduit à travers tous les actes de la vie quotidienne. «C’est un moyen de se purifier le corps et l’esprit et d’aller le plus loin possible dans l’abstinence», explique un journaliste sénégalais. Selon lui, «la privation va jusqu’aux rapports conjugaux. Mari et femme sont appelés à s’abstenir de tout rapport sexuel, jour et nuit, durant tout le mois sacré». C’est bien de jeûner, mais si on peut s’abstenir, entre conjoints, c’est encore mieux, poursuit le journaliste.
C’est dire que tout se fait dans l’esprit de la ferveur, se réduit au strict minimum, à la modération et à la privation.
La spiritualité au Sénégal et les rituels religieux émanent aussi d’un système de confréries. La tradition maraboutique est très enracinée et développée, selon les régions. Chacune d’elles se regroupe autour d’un marabout. Pendant le Ramadan, les rites des confréries sont très présents.
Les deux principales confréries sont celles des Mourides et des Tidjanes. Les premiers sont basés à Touba (250 km de Dakar), très solidaires, ces adeptes sont dans le commerce et les affaires. Chez les Tidjanes, c’est plutôt la spiritualité, l’éducation et la culture qui sont de mise. Le tout dans la modestie. Cette confrérie (basée à Tivaoune, à une centaine de km au nord de Dakar) s’inscrit dans la lignée de l’islam en Mauritanie et au Maroc. La tradition, chez les Tidjanes, «veut que ceux qui n’ont pas les moyens de se rendre à La Mecque, peuvent faire leur pèlerinage à Fès». La capitale spirituelle du Maroc abrite la sépulture du père spirituel de cette confrérie, Cheikh Ahmed Tidjani. Ce qui explique les différents pèlerinages de Sénégalais tout au long de l’année dans la capitale spirituelle du Maroc.

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Autres sous-confréries, les Khadria, les Layènes. Les Mourides ont aussi un sous-groupe important, les Baye Fall. C’est une petite confrérie basée dans le centre du Sénégal et dont les adeptes sont réputés pour leurs déplacements et débrouillardise. Une bonne partie est basée à l’étranger. Appelés les Bana bana, ce sont généralement des commerçants ambulants. Les Baye Fall ont une particularité: Ils ramassent tout sur leur passage et le revendent. «Tout est recyclé, réutilisé et revendu», poursuit le journaliste. Pendant le mois sacré et surtout l’hivernage, la communauté des Baye Fall rentre au pays pour y effectuer des travaux bénévoles. Mais la grande particularité de cette confrérie est qu’elle «ne prie pas et n’observe pas le jeûne non plus mais ne se considère pas pour autant moins musulmane».
C’est cette mosaïque de confréries qui sert de toile de fond de Ramadan au Sénégal. Le jour, les fidèles passent le clair de leur temps dans les mosquées à prier, psalmodier et lire le Coran tout en passant le chapelet entre les doigts. Mais à part les Baye Fall, «ne pas prier pendant le mois sacré est inadmissible dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest», précise le journaliste.
Les mosquées les plus connues sont celle de Touba, la plus grande de l’Ouest africain, et la Grande Mosquée de Dakar, appelée aussi Mosquée Mohammed V. Construite par feu Hassan II, la grande mosquée de Dakar est très populaire. Il n’est d’ailleurs par rare de voir les Sénégalais étaler des tapis à même le trottoir pour y effectuer leurs prières. Tout autour et dans pratiquement chaque coin de rue, des qassaïdes sont chantées par des bénévoles et des marabouts. Ce sont généralement des narrations historiques sur la vie du prophète, et ses compagnons ou encore des contes sur l’islam à travers l’histoire. Partout, les ventes de cassettes de prêches, DVD et CD du Coran font florès durant le mois sacré.
Hormis les confréries et les rituels, Ramadan est très paisible dans les villes. Dans la ville, «tout devient calme et fonctionne au ralenti», précise un autre Sénégalais. Mais Dakar reste la plus animée de jour comme de nuit, principalement dans les marchés où la pauvreté et la richesse se mêlent spontanément.

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A Sandaga, par exemple, l’un des marchés les plus colorés et les plus bondés, les Dakarois passent l’après-midi à flâner dans ce souk gigantesque. Basé au coeur de Dakar, Sandaga est un hypermarché à ciel ouvert. On y trouve un peu de tout: des babouches et djellabas à l’électroménager en passant par les tissus, les épices ou encore les fruits et légumes.
Les avenues mitoyennes de Sandaga (Lamine Gaye, Ponty, Petavain…) ne désemplissent pratiquement pas et les marchandages y sont âpres.
Mais un peu de temps avant le f’tour, les rues se vident. Dans la capitale comme dans le reste du pays, il est important d’être chez soi bien avant le coucher du soleil.
A la rupture du jeûne, les Sénégalais boivent une gorgée de lait et une date sans plus avant de vaquer à la prière d’Al Maghrib. Dans la croyance traditionnelle, la transition entre la prière d’Al Maghreb et celle d’Al Ichaa est très courte. La composition de la table du ftour se fait à son tour dans l’esprit de la sobriété: un bol de dattes, du lait et des rafraîchissements, surtout des jus de gingembre, pain-de-singe ou encore le jus d’oseille (bissap)…

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Autre boisson prisée pendant le mois sacré, la Kinkéliba: une tisane à base de feuilles qui se boit en infusion avec de l’eau chaude ou mélangée au lait. Elle est surtout recommandée aux enfants et aux femmes enceintes.
Chez d’autres familles, le f’tour est une sorte de petit-déjeuner reproduit avec du café au lait, beurre, chocolat et des omelettes. La soupe est également servie. Une bouillie à base de maïs ou semoule et lait caillé. C’est en général le gros du f’tour. Juste après, certaines familles font la prière et enchaînent avec le dîner. D’autres préfèrent attendre un peu le temps de digérer et font la prière jusqu’à 22 heures.
Le dîner est d’habitude l’équivalent du plat du midi. Autrement dit, tout se prépare à base du riz. Parmi les plats locaux les plus réputés: Thieub-bou-Jën (riz et poisson), le Yassa (riz blanc mélangé à une sauce aux oignons et au citron) ou encore le Maffé (riz blanc et sauce gombo) et le Massé. Les animations font défaut le soir dans les rues et au centre-ville. La seule animation, elle est spirituelle et se passe dans les mosquées qui sont pleines pendant et hors Ramadan. Dans les quartiers populaires, les gens s’organisent entre eux pour faire des prières collectives chez l’un des voisins.
Pour le s’hour, il est recommandé de se réveiller avant l’aube, vers 5 heures du matin. Généralement, le s’hour se résume à boire de l’eau et faire sa prière. Mais certaines familles préparent le petit-déjeuner complet (café au lait, thé, beurre…) et se recouchent. D’autres encore préparent un plat à manger avant le jeûne, des bouillies.

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A son tour, la nuit sacrée se déroule dans la grande ferveur. Les veillées religieuses sont ininterrompues du dîner jusqu’à l’aube. La grande particularité de cette soirée reste les réconciliations entre proches et voisins. «La tradition veut que cette nuit soit l’occasion du grand pardon!» répète-t-on au Sénégal. La fête revêt aussi un cachet particulier. Parents et enfants portent des vêtements neufs. Mieux encore, du père au moins âgé des enfants, toute la famille porte la même couleur et le même tissu, souvent le Basin. Même tendance chez la maman et les filles. Du coup, dans les mosquées, l’ambiance est bigarrée et l’on reconnaît les mêmes familles de par leur tunique. Les babouches, djellabas et djabadors made in Maroc font aussi partie du décor de l’Aïd.

Amin RBOUB
Source: L'Economiste

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04 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 6 : la Tunisie

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Tunisie: Un mois de ferveur et de divertissement

· Prières et animations: Des soirées jusqu’à l’aurore

· Cette année: Jil Jilala, au programme du festival Al Madina de Tunis

· Shorba, l’abrik, kamounia, kaftaji… les mets prisés

Tunis connaît un engouement sans pareil pour la religion et un regain de ferveur durant le mois sacré. Dans la capitale tunisienne, la piété se traduit par l’affluence massive des fidèles dans les mosquées au point de faire la prière dans les rues qui avoisinent les lieux de culte. 
Prêches, prières, hadiths, psalmodies, charité… Tout le monde y trouve son compte. La mosquée de Zeitouna, vieille de plus de 13 siècles, est très sollicitée pour les Tarawihs. Ce monument à mi- chemin entre Al Azhar au Caire et Al Quarawiyyine à Fès illustre parfaitement le rayonnement en matière de sciences théologiques et le ressourcement religieux en Tunisie. Chaque année, à l’occasion du mois sacré, on y organise un concours international de psalomodies. De nombreux pays arabo-musulmans y participent chaque année.

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Dans les rues de Tunis, le retour en force du référentiel religieux se traduit aussi par la réapparition du port du voile chez les femmes et jeunes filles qui l’arborent en dépit de son interdiction dans les bureaux et les établissements scolaires. Ce phénomène s’accentue davantage au milieu du mois sacré et le 27e jour.
Chez les hommes, c’est le come-back des gandouras, jebba, chachia (couvre-chef en laine) et autres costumes traditionnels.

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Comme quoi, même les codes vestimentaires changent et annoncent les traits du mois sacré.
Dans la capitale, Ramadan est le mois du repentir pour les uns, mais aussi de la convivialité et de la joie de vivre pour les autres. Le soir correspond à un mois de réjouissances, de plaisirs culinaires et de divertissement. Familles et amis se retrouvent pour le rituel de l’Iftar et concoctent des programmes pour la soirée, souligne une Tunisienne.
A l’extérieur, les rues commencent à s’animer dès les premières heures qui suivent la rupture du jeûne.
Différents quartiers vibrent aux rythmes de chants folkloriques, percussions ou encore les Mouachahets, Malouf (l’équivalent du Malhoune), musique soufie et autres «Kalthoumyates».
Orchestres populaires, Aouada (troupes folkloriques), troupes de théâtre… l’animation bat son plein tous les soirs. Pour la circonstance, Tunis a son festival du mois sacré: baptisé le festival de la Médina, c’est un événement haut en couleur dont la musique traditionnelle ou à caractère spirituel domine. Des têtes d’affiche sont programmées chaque année. Outre le Tunisien Lotfi Bouchenak, l’Argentine Julia Migenes Johnson qui a chanté dans la célèbre opérette de Carmen, José Fernandez (Gospel)…

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Non loin du festival, les grandes avenues ne connaissent pas de répit. Les cafés et salons de thé affichent complet. Des programmes à la carte: animation, orchestres, karaoké, voire jeux de cartes et chicha. «Les filles et les femmes commencent à en fumer à volonté dans les salons de thé modernes, c’est tendance», explique une Tunisoise. Les assidus des jeux de cartes sont plutôt nombreux et plus âgés dans les quartiers populaires, plus chaleureux et plus animés. Ce sont généralement, des retraités. Les parties sont interminables, elles peuvent se poursuivre jusqu’à l’aurore. Côté jeunes, c’est le m’as-tu-vu sur les terrasses. La banlieue nord de Tunis, notamment à Sidi Boussaïd, des milliers de noctambules se donnent rendez-vous le soir, loin du vacarme urbain.

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En plus des prières et du divertissement, les repas du mois du jeûne incarnent aussi l’alliance des contraires. Autant, le jeûne est un exercice de l’abstinence, de la faim et des privations du lever au coucher du soleil, autant le soir est l’occasion de se faire plaisir sur le plan culinaire. En témoigne la table de l’Iftar à Tunis. Elle est assez variée et riche. La tradition est de rompre son jeûne par des dattes. Il y a un ordre particulier pour les différents plats. Après les dattes et le lait, vient la Chorba, une soupe de pois chiche, de viandes et céréales (blé, orge…). A Tunis, l’on raffole de l’brik.

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C’est une feuille farcie d’une garniture à base de pommes de terre cuites et broyées, d’œufs et de viandes ou thon. A cela s’ajoute la bssissa, un breuvage rafraîchissant.
Servi en même temps que le f’tour, le dîner est tout aussi consistant. Les salades tunisiennes sont généralement assez classiques.
Le pot-au-feu épicé avec légumes et l’incontournable lahrissa (sauce piquante) suivent l’brik. La cuisine tunisienne est très épicée et riche en sauces. Le plat connu de «lahmate» est une autre spécialité locale consommée pendant le mois sacré. Ce sont des grillades de viandes au fromage gratinées. La kamounia n’en est pas moins réputée; un plat à base de foie, cœur et viande… Le kaftaji est tout aussi prisé.

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C’est un mets composé de pomme de terre, de tomates et courgettes frites et râpés avec des œufs et mélangés avec le foie d’agneau et la viande hachée.

Source : L'Economiste

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02 septembre 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 5 : la Syrie

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Taraouihs et narguilé au pays de Cham

· Au f’tour: Fattouche, mezzés, hoummos, gâteaux et café à la cardamome 

· Des soirées entre spiritualité, jeux de dames et chants

AU pays de Cham, l’une des plus vieilles contrées du Moyen-Orient, le mois sacré incarne une valeur spirituelle toute particulière: visites familiales, spiritualité, prières, psalmodies, veillées, chants… font le lot des activités récurrentes durant le Ramadan.

La Syrie, rappelons-le, est l’une des plus vieilles civilisations du Moyen-Orient qui plus est un pays laïque.

Aux frontières de la Turquie, de l’Irak, de la Jordanie et du Liban, la Syrie est un pays chargé d’histoire. En témoigne l’une des plus vieilles mosquées de la région située à Damas. A l’heure de la prière, les mosquées sont bondées surtout le soir et durant la dernière quinzaine du mois. Psalmodies, cours religieux, prêches, tarawihs… fédèrent de plus en plus de pratiquants. Les fidèles deviennet plus généreux. Des opérations de collecte d’aumône et de dons sont organisées à la sortie des lieux de culte.

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Au fur et à mesure que Ramadan avance, hommes et femmes sont de plus en plus nombreux à se rendre aux mosquées le soir. A Damas par exemple, le recueillement pour les Tarawihs connaît un rush dans la mosquée des Oumeyade. Vieille de plus de 13 siècles, blanche et décorée de somptueuses mosaïques, la mosquée des Omeyyades est l’un des témoignages les plus remarquables de l’art islamique. Un monument à l’architecture exceptionnelle qui, pendant des siècles, allait servir de modèle aux constructeurs de mosquées dans tout le monde arabo-musulman.

C’est dans ce lieu de culte exceptionnel que des milliers de fidèles damascènes font leurs prières durant le mois sacré. Le mois sacré est par excellence une période spirituelle, de ferveur et de piété.
Les Syriens ont un sens aigu de la famille et de l’échange exceptionnellement durant ce mois. Pour eux, Ramadan est l’un des moments forts pour resserrer les liens familiaux. Sans prévenir, les visites se font nombreuses après le F’tour et surtout durant la dernière quinzaine du mois sacré.

De jour comme de nuit, les traits du mois sacré sont perceptibles dans les principales villes syriennes. Que ce soit à Damas, à Alep, Hama ou encore Al Quneitra… les principales villes adoptent un rythme, un ton et des couleurs particulières. Tout prête à la méditation et au recueillement, souligne un Syrien pour qui les résonances du muezzin et l’appel à la prière ont un effet particulier durant le mois sacré.
A la rupture du jeûne, la table du f’tour est assez variée. Le dîner est servi en même temps que le f’tour.

Au menu: Fattouche est incontournable. C’est une salade garnie de petits morceaux de pain frit, des légumes émincés et frais et des herbes… la soupe au vermicelle ainsi que le plat de résistance sont incontournables.

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Les mezzés, autres plats typiques syriens occupent une place non moins importante. Ces petites entrées sont servies dans des coupelles. Le hoummos, une purée de pois chiche avec de la crème de sésame, de la coriandre fraîche et d’autres épices, reste une spécialité prisée. S’y ajoutent le «moutabbal», un caviar d’aubergine avec de la crème de sésame, le «baba ghanûj», autre caviar d’aubergine avec des poivrons et herbes ou encore le «mouhammara», une purée toute rouge et piquante.
La particularité culinaire de Damas, qui reflète toutes les spécificités culinaires syriennes, réside dans sa tradition du farci (Al Mahchi): aubergines, courgettes, pomme de terre… Le tout accompagné de riz et gâteaux à base de semoule et de fromage naturel. Pour sa part, la cuisine d’Alep est plutôt réputée pour son raffinement qu’elle aurait puisé de sa proximité avec la Turquie et la Grèce.
Généralement, la cuisine syrienne a beaucoup de points en commun avec la libanaise. On y trouve, de part et d’autre, les grillades: le Kebab (brochettes de viande hachée), le Chich Taouk (brochettes de poulet mariné dans des épices), ainsi que plusieurs variétés de plats à base du petit-lait (leben).
Le thé noir et le café turc sont servis à volonté durant le f’tour. Le café est servi dans de petites tasses et aromatisé à la cardamome. Quant au thé, il est pour sa part très sucré, et siroté à longueur de soirtée. Les Syriens boivent aussi beaucoup de jus de dattes chaud. Le tout accompagné de sucreries, des gâteaux tels que Al Konafa, Chaaïbate (l’équivalent des briouates) et la fameuse Baklawa. Des pâtisseries composées d’amandes, de noisettes, pistache, farine et sirop de sucre.

A quelques heures du coucher du soleil, les Syriens aiment flâner dans les souks principalement à Damas et Alep: les marchés les plus vivants et les plus colorés du Proche-Orient. Dans les ruelles de la capitale, les artisans sont à pied d’œuvre, ils deviennent plus actifs et enregistrent plus de commandes durant le mois sacré.

La rue est plus animée dans les quartiers populaires le soir. Des veillées de chant spirituel y sont célébrées. L’on organise aussi des spectacles d’une rare beauté, telle que la danse des derviches-tourneurs.

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Les cafés de Damas ne désemplissent pas à leur tour le soir. Jeux d’échecs, de cartes et amuse-bouches (cacahuètes, pistache, amandes…) deviennent très prisés sur les terrasses.

Dans les quartiers populaires et les ruelles, les effluves des braises brûlantes et de tabac parfumé (Al Maâssel) animent les conversations. Jeunes et moins jeunes palabrent et savourent en tirant sur le long tuyau des narguilés. Plus qu’une distraction, un rituel incontournable à bilad Cham.

Amin RBOUB
Source : L'Economiste

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31 août 2009

Tour du monde du Ramadan, étape 4 : la Chine

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Un mois de jeûne «made in China»

· Les musulmans de Chine seraient entre 20 et 30 millions

· La communauté des Hui, au nord du pays

· Témoignages d’un Marocain à Beijing


«Ramadan est plus souple à Beijing (Pékin) et l’on n’y ressent moins le poids de l’abstinence», résume Chamssedine El Hajraoui, directeur du Centre de recherche maroco-chinois et qui vit depuis plus de 16 ans en Chine. L’Empire du Milieu compterait antre 20 millions et 30 millions de musulmans, dispersés partout dans ce pays-continent.
A Beijing, les musulmans de la capitale sont basés essentiellement dans le quartier Niu Jie tout autour de la mosquée du même éponyme (traduisez: Mosquée de la Vache).

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C’est dans cette mosquée que se rassemblent la majorité des musulmans de Pékin durant le mois sacré.
Dès les premiers jours du mois et même un peu auparavant, des calendriers sont distribuées dans les principales mosquées et les restaurants musulmans. Tout y est précisé, du 1er jour du mois jusqu’à la fête: les horaires des prières, le coucher du soleil, la rupture du jeûne, des repas… selon les régions.
En Chine, l’annonce du mois sacré et l’apparition de la Lune sont calculées selon une méthodologie pointue, astrologique et non sur la simple apparition du croissant.
Dans la mosquée de la Vache à Pékin, le vendredi dernier, «l’imam a donné le prêche en arabe et en chinois», témoigne Chamssedine El Hajraoui. Selon lui, les imams font de plus en plus un effort de vulgarisation et de traduction dans les mosquées, surtout pendant les Taraouihs. Ils expliquent le contenu des versets coraniques et les préceptes de l’islam en différents dialectes chinois.
Dans ces lieux de culte «made in China», les calottes blanches et les voiles sont de plus en plus visibles durant le mois sacré. D’année en année, le nombre de pratiquants ne cesse de croître.
Aujourd’hui, plus de 700 imams officiels dirigent les prières et donnent des prêches dans quelque 300 mosquées en Chine.
L’Empire du Milieu a aussi ses imams femmes. Appelées nü ahong, elles exercent uniquement dans des mosquées pour femmes, les nü si. En fait, les lieux de cultes exclusivement destinés aux femmes ne datent pas d’hier. Ils remontent au XIIIe siècle. Leur apparition remonte à la dynastie des Yuan (XIIIe). Certains chercheurs l’attribuent à l’arrivée de nombreux musulmans d’Asie centrale ayant épousé des femmes autochtones. Converties à l’islam, ces dernières auraient cherché à se doter de lieux qui s’apparentent aux associations bouddhistes et taoïstes organisées alors par des femmes.
Comme toutes autres les religions en Chine, l’islam est soumis à des restrictions. L’interdiction du prosélytisme vient en tête des restrictions. Ce qui explique que l’appel du muezzin ne saurait être audible qu’à l’intérieur des mosquées. «C’est aussi pour ne pas incommoder les riverains des mosquées», répète-t-on à Beijing.
Autre restriction: tous les imams doivent avoir leur autorisation du gouvernement. Ce qui sous-entend la suprématie de l’Etat sur la religion. La Chine est officiellement un pays bouddhiste, mais l’athéisme y est aussi fortement représenté.
L’Empire du Milieu prône également la liberté du culte. Ce qui se traduit parfois par une interprétation très large ou simpliste de la religion. Il arrive que des musulmans ne jeûnent pas ou boivent du vin pendant le mois sacré. D’autres se limitent à la Chahada et à la prière. D’autres encore se contentent du strict minimum de la religion: la Chahada.
Mais ceux qui pratiquent n’ont rien à envier à leurs coreligionnaires de La Mecque et du Caire. Ils passent des heures dans les mosquées à invoquer Dieu et se plongent dans une intense ferveur.

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Le f’tour à Beijing est assez particulier. Le repas riche en calories est généralement composé de sucreries, des gâteaux qui ressemblent à la Chebbakia, mais aussi la fameuse soupe chinoise à la vermicelle (appelée pang). Les fruits secs (prunes, abricot, noix, amandes…) sont consommés à volonté durant ce repas, de même qu’un pain spécial, le neng. C’est une variété de pain, rond, gonflé au milieu.
Pour le plat de résistance, les Chinois raffolent des pâtes aux viandes durant le mois sacré. D’autres consomment plutôt des soupes au riz et des plats variés (œufs aux tomates, fromages chinois d’origine végétale…)
Après le f’tour, les musulmans de Chine boivent beaucoup de thé avec une spécialité locale qui s’apparente au sellou. Le café n’est pas dans les habitudes du pays de Mao. En revanche, les rafraîchissements sont consommés à volonté: différents types de jus de fruits (raisin, pomme, orange, pêche…)

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A chaque Ramadan, des repas de f’tour sont gracieusement servis dans les mosquées. De même, dans les universités chinoises, où il existe a une communauté d’étudiants musulmans, le repas du shour est servi à l’ensemble des étudiants, toutes obédiences confondues.
Autre particularité des musulmans chinois: la charité s’intensifie les dix derniers jours du mois sacré. La communauté organise des échanges inter régions: «Des voyages entre musulmans à Shanghai, Beijing, Yinchuan… ainsi que des causeries religieuses et débats sont tenus durant cette période», précise El Hajraoui. Et d’ajouter: «cela permet aux musulmans de vivre leurs différences en communauté et en même temps découvrir leur pays dans la ferveur».

Les musulmans de Ningxia

L'Islam chinois a plus de 1.200 ans d’histoire. La plus grande communauté musulmane est celle des Hui.
Basés au nord de la Chine, les Hui comptent pas moins de 10 millions de fidèles. On les retrouve particulièrement dans la région autonome de Ningxia, les provinces du Gansu et du Henan. Les musulmans de Ningxia seraient des descendants de commerçants du Moyen-Orient qui empruntaient la Route de la soie sous la dynastie des Tang et des Chinois qu’ils avaient convertis.
Les Hui ont leurs propres spécificités. Ils manifestent un attachement indéfectible à l’islam. Selon Elisabeth Allès, auteur de «Musulmans de Chine», les signes extérieurs de cette communauté se manifestent par «l’apposition du premier verset de la première sourate du Coran à l’entrée des maisons, le port du calot blanc, le respect d’interdits, en particulier celui de la consommation du porc, la célébration des principales fêtes religieuses musulmanes, les différents moments de rassemblement au sein des mosquées… et la fidélité à la même mosquée».
Autrefois, les Hui faisaient partie des musulmans les moins orthodoxes. Ils fumaient et buvaient. Peu d’entre eux se laissaient pousser des barbes, et les femmes portaient rarement le voile. Entre-temps, l’influence des wahabites est passée par là. Les mosquées sont bondées le vendredi; le port du voile et de la calotte se généralise. Et les Hui sont de plus en plus nombreux à se rendre à La Mecque. Les jeunes étudiants musulmans de cette région s’inscrivent dans des universités au Moyen-Orient pour parfaire la maîtrise de la langue arabe, suivre des études islamiques, voire développer des affinités culturelles.

Amin Rboub
Source : L'Economiste

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